Il y voyait là quelque chose de repoussant et ne leur accorda donc aucune attention. Tant ils le craignaient qu’ils écrivirent à Sayf ad-Dîn Ghâzî, seigneur de Mossoul, pour qu’il prenne le pouvoir sur eux et les défende contre al-Malik an-Nâsir, souverain d’Égypte. Mais il refusa, par crainte qu’il ne s’agisse d’un stratagème de leur part. En effet, l’eunuque Sa‘d ad-Dawla Kamushtikîn, que le roi Nûr ad-Dîn avait placé à ses côtés comme observateur afin de le préserver de toute conduite inconvenante (telle la débauche, le vin, le jeu et les divertissements), s’était enfui. Lorsqu’il apprit la mort de son maître, il redouta d’être arrêté et s’échappa secrètement. Une fois la mort de son oncle avérée, Ghâzî envoya des hommes à la poursuite de ce serviteur, mais ils ne purent le rattraper et mirent la main sur ses biens.
Sa‘d ad-Dawla entra à Alep, puis partit pour Damas, où il s’entendit avec les émirs pour emmener le fils de son maître, al-Malik as-Sâlih Ismâ‘îl, à Alep et l’y élever. Ils décidèrent de confier Damas à l’atabeg Shams ad-Dîn Ibn Muqaddam et la citadelle à l’eunuque Jamâl ad-Dîn Rayhân. Lorsque al-Malik as-Sâlih quitta Damas, les émirs et notables l’accompagnèrent jusqu’à Alep, le 23 dhu-l-hijja de cette même année. À leur arrivée, l’enfant s’assit sur le trône de ce royaume, et ils mirent la main sur la famille al-Dâya : Shams ad-Dîn ‘Alî b. al-Dâya, frère de Majd ad-Dîn, lequel avait été nourri au sein avec Nûr ad-Dîn le martyr, ainsi que ses trois autres frères. Shams ad-Dîn ‘Alî escomptait qu’on lui confierait le fils de Nûr ad-Dîn pour l’élever, se jugeant le plus digne d’une telle tâche, mais ils déjouèrent son espoir et l’emprisonnèrent, lui et ses frères, dans un puits.
Le roi Salâh ad-Dîn écrivit alors aux émirs pour leur reprocher d’avoir transféré l’enfant de Damas à Alep et d’avoir jeté en prison les Banû al-Dâya.