Après la mort de ce souverain, le pouvoir fut attribué à son fils, le roi (1) As-Sâlih Ismâ‘îl, qui était encore jeune. L’émir Shams ad-Dîn Ibn Muqaddam (3) fut alors désigné comme son atabeg (2). Les émirs se divisèrent, les avis se troublèrent, le mal se propagea, et les boissons alcoolisées se multiplièrent, alors qu’elles n’existaient pas auparavant et que personne n’osait en consommer. Les actes immoraux (4) se répandirent et devinrent manifestes.
Au point que, lorsque son neveu, Sayf ad-Dîn Ghâzî Ibn Mawdûd (5), seigneur de Mossoul, eut la certitude de la mort de son oncle (6), qui lui interdisait (7) toute initiative, il fit proclamer dans la ville l’autorisation de s’adonner aux jeux, aux divertissements, aux boissons alcoolisées, aux enivrants et à la musique. Celui qui diffusait cet avertissement avançait avec un tambourin (8), une coupe et une flûte. « Nous appartenons à Dieu et c’est à Lui que nous retournons. » [Ce neveu et d’autres rois et émirs sur lesquels le défunt exerçait son autorité n’osaient se livrer à aucun acte répréhensible ou immoral tant qu’il vivait. Mais lorsqu’il mourut, leur ordre se délita et ils semèrent la corruption sur terre] (9).
C’est alors que se réalisa le vers du poète :
« Ô toi, sers-moi du vin, dis-moi : “C’est du vin !” / Et ne me le sers pas en secret, puisqu’il est possible de le faire au grand jour. »
Les ennemis, de toutes parts, commencèrent à convoiter les terres musulmanes. Les Francs résolurent de marcher sur Damas pour l’arracher aux mains des musulmans. Ibn Muqaddam, l’atabeg, sortit à leur rencontre et les affronta (10) près de Bâniyâs, mais il ne parvint pas à les repousser. Il conclut donc une trêve avec eux, leur remettant d’importantes sommes d’argent (11) qu’il leur avança. Sans la crainte qu’il leur inspira en évoquant l’arrivée imminente du roi Salâh ad-Dîn (12), ils ne l’auraient pas laissé conclure cette trêve.
Lorsque la nouvelle parvint au sultan, le roi An-Nâsir Salâh ad-Dîn ibn Ayyûb, maître des provinces d’Égypte, il écrivit aux émirs, et plus particulièrement à Ibn Muqaddam, pour leur reprocher d’avoir traité avec l’ennemi et de leur avoir remis des biens, alors qu’ils étaient moins nombreux et plus faibles. Il leur fit savoir qu’il projetait de se rendre dans ces territoires afin de les protéger (13) des Francs. En réponse, ils lui envoyèrent une lettre contenant des propos durs et