Ses vertus, ses hauts faits et ses mérites sont très nombreux. Nous en avons présenté un aperçu qui permet d’en déduire d’autres.
Le cheikh Shihâb ad-Dîn rapporte, au début du livre «Al-Rawdatayn» (1), de multiples qualités louables à son sujet, ainsi que les poèmes élogieux (2) qui lui furent adressés.
Il mentionne (3) que lorsque le roi Salâh ad-Dîn conquit les territoires égyptiens (4), il voulut plus d’une fois le destituer de cette province et y nommer quelqu’un d’autre. Cependant, le destin le retenait, et il se trouvait entravé tantôt par la lutte contre les Francs, tantôt par l’approche de sa fin et l’épuisement (5) de sa vie. Arrivé à cette année-ci — c’est-à-dire l’année 569 de l’Hégire — qui fut la dernière de son règne, il avait fermement résolu (6) de se diriger vers l’Égypte. Il envoya alors des missives à l’armée de la région de Mossoul et à d’autres forces afin qu’elles se tiennent en Syrie pour la protéger des Francs durant son absence, tandis que lui-même s’y rendrait (7) à la tête de la plus grande partie de ses troupes vers l’Égypte. Le roi Salâh ad-Dîn conçut à son égard une forte appréhension (8).
Lorsque vint le jour de la fête de la rupture du jeûne (ʿÎd al-Fiṭr) de cette année-là, il se rendit au maydân al-Akhdar al-qiblî, et l’orateur y prononça le sermon et célébra la prière de la fête. C’était alors un dimanche. Il lança le «qabq» (10) dans le maydân al-Akhdar al-shamâlî, tandis que le destin lui soufflait : «C’est ta dernière fête» (11). Ce jour-là, il dressa un banquet somptueux et en ordonna le pillage (conformément à l’usage) (12). Il fit également circoncire son fils, le roi aṣ-Ṣâliḥ Ismâʿîl (13) le même jour ; la ville fut alors parée (14), et des réjouissances (bashara) retentirent en l’honneur de la fête et de la circoncision.
Le lundi, il sortit en cortège comme à l’accoutumée, puis il s’adonna à un jeu de balle (15) ce jour-là. Là-dessus, il se mit en colère contre certains émirs, ce qui n’était pas dans sa nature. Emporté par sa fureur, il s’empressa de rentrer dans la citadelle, toujours sous l’emprise d’une vive contrariété, et il lui advint