«Ils ne s’en abstiennent qu’en usant de meurtre, de crucifixion et de coups. Et si l’on vole le bien d’un homme (1) dans le désert, qui donc viendra témoigner pour lui ?»
Alors le roi Nour ad-Dîn écrivit au dos du document : «Dieu a créé les créatures et leur a révélé une Loi. Il sait mieux qu’eux ce qui leur convient. S’Il avait su que la Loi pût comporter un supplément bénéfique, Il nous l’aurait légiféré. Il n’y a donc pas lieu d’ajouter quoi que ce soit à ce que Dieu, Exalté soit-Il, a décrété. Celui qui ajoute prétend que la Loi est incomplète et veut la parachever par son ajout, ce qui relève d’une outrecuidance à l’égard de Dieu et de Sa législation. Les esprits obscurcis ne sont pas guidés, et Dieu, Exalté soit-Il, nous guide, toi et nous, vers la voie droite.»
Lorsque le document parvint au shaykh ʿUmar al-Mallā, il rassembla les gens à Mossoul et le leur lut (3). Il déclara alors : «Regardez la lettre de l’ascète adressée au roi, et la réponse du roi à l’ascète.»
Le frère du shaykh Abū al-Bayān vint se plaindre auprès de Nour ad-Dîn d’un homme qui l’insultait et l’accusait d’hypocrisie et de prétention (4), appuyant avec force (5) ses doléances. Le sultan lui répondit : «Dieu, Exalté soit-Il, ne dit-Il pas : “Et lorsque les ignorants s’adressent à eux, ils disent : ‘Paix’” [Le Coran, 25 : 63], et : “Et détourne-toi des ignorants” [Le Coran, 7 : 199] ?» Le shaykh se tut et ne répliqua pas.
Nour ad-Dîn estimait beaucoup le shaykh et son frère Abū al-Bayān (6). Il leur rendit visite à plusieurs reprises et leur fit une donation pieuse. Le faqīh Abū al-Fatḥ al-Ashtarī (7), répétiteur à la Nizāmiyya de Bagdad, compila une brève biographie de Nour ad-Dîn. Il raconta que Nour ad-Dîn accomplissait toujours ses prières en leur temps, en groupe, en remplissant parfaitement leurs conditions, leurs piliers, leur inclinaison et leur prosternation (8). Il priait souvent la nuit et implorait Dieu, Exalté soit-Il, dans toutes ses affaires (9).
Il rapporta aussi qu’un groupe de mystiques (soufis) fiables, qui se rendirent à Jérusalem à l’époque des Francs, entendirent les mécréants dire : «Ibn al-Qasîm (10) – c’est-à-dire Nour ad-Dîn – a un secret avec Dieu, car il ne nous vainc pas par la multitude de ses soldats ou de ses troupes. Il l’emporte et triomphe plutôt par l’invocation et la prière nocturne : il prie la nuit.» (11)