Tu as interdit de boire le vin, alors que tu es toi-même ivre de la coupe des injustices, enivré. Tu as abandonné les coupes de vin par scrupule, mais sur toi tournent désormais les coupes de ce qui est illicite.
Que répondras-tu, le jour où tu seras emporté, seul, vers ta dernière demeure, et que Munkar et Nakîr viendront te questionner ? Ce jour-là, tous tes adversaires s’attacheront à toi, et tu seras traîné au Jour du Jugement. Tes armées t’auront déserté, alors que, dans l’étroitesse de la tombe, tu seras étendu et enterré. Tu regretteras d’avoir un jour assumé le moindre pouvoir, et que l’on ait pu dire de toi : « Voici un gouvernant. » Après ta gloire, tu demeureras prisonnier d’une simple fosse, dans le monde des morts, réduit à l’insignifiance. Tu seras rassemblé nu, triste, en larmes, inquiet, et nul ne viendra te protéger parmi les hommes.
T’accommoderais-tu de vivre alors que ton cœur est dépouillé, en ruine, tandis que ton corps est florissant ? Te satisferais-tu qu’un autre jouisse à jamais de la proximité divine, tandis que toi, tu es tenu à distance et délaissé ? Prépare donc à ton âme une défense dont tu puisses te réclamer le Jour du Jugement, afin d’espérer être excusé.
Lorsque le roi Nûr al-Dîn entendit ces vers, il pleura abondamment et ordonna la suppression des taxes et des impôts dans tous les territoires. Umar al-Mullâ, qui se trouvait à Mossoul, lui écrivit. Il avait commandé aux gouverneurs et aux émirs de ne prendre aucune décision avant de l’en informer, et tous se conformaient à ses ordres. C’était un pieux ascète. Chaque mois de Ramadan, Nûr al-Dîn lui empruntait de quoi rompre le jeûne, et lui envoyait en retour du futayt et du raqaq, dont il se nourrissait chaque soir de ce mois béni.
Le shaykh ‘Umar al-Mullâ lui adressa alors ces mots : « Les corrupteurs se sont multipliés et réclament une politique ferme. Mais rien de tel ne se fera sans intervention. »