Le deuxième jour, il sortit en cortège, le sabre au côté, et toute l’armée fit de même, afin de suivre l’exemple du Messager de Dieu (ﷺ). Son ministre, Muwafaq ad-Dîn Khâlid ibn Muhammad [ibn Nasr ibn Safîr, ibn] al-Qaysarânî, qui était poète, lui raconta alors qu’il avait vu en songe qu’il lavait les vêtements du roi Nûr ad-Dîn. Celui-ci lui ordonna de rédiger des proclamations pour abolir les impôts et les taxes dans tout le pays. Il lui dit : « Voilà l’interprétation de ton rêve. »
Ensuite, il écrivit à la population pour la libérer de ce qu’on lui avait prélevé, en leur déclarant : « Tout cela avait servi à combattre vos ennemis parmi les mécréants – qu’Allah les avilisse et les maudisse –, et à défendre vos terres, vos femmes et vos enfants. » Il envoya la même instruction à l’ensemble de ses provinces relevant de son autorité et ordonna aux orateurs publics de demander aux commerçants de le décharger de toute dette morale à leur égard.
Il avait coutume de dire dans sa prosternation : « Ô Allah, accorde Ta miséricorde au collecteur d’impôts oppresseur ! »
On raconte que Burhân ad-Dîn al-Balkhî réprouva l’attitude du roi Nûr ad-Dîn, qui recourait aux fonds issus des taxes pour financer ses guerres. Un jour, il lui aurait dit : « Comment espérez-vous la victoire alors que le vin, les tambours et les flûtes sont présents parmi vos soldats ? »
Il est également rapporté que la raison pour laquelle il supprima les taxes pesant sur le peuple tient au fait que le prédicateur Abû ‘Uthmân al-Muntajab ibn Abî Muhammad al-Wâsitî – l’un des grands hommes de piété qui ne possédait rien et ne recevait rien de personne, si ce n’est un simple manteau qu’il portait lorsqu’il se rendait à son assemblée de prêche, où affluaient des foules innombrables – récita alors devant Nûr ad-Dîn quelques vers décrivant sa situation dans le royaume et lui adressant un avertissement sévère. Il s’agit de vers scannés sur le mètre al-Kâmil :
« Imagine ta station, ô toi l’orgueilleux, au Jour du Jugement, lorsque le ciel vacillera.
S’ils disent : “Ô Nûr ad-Dîn, te voilà arrivé en paix !” prends garde de ne pas te retrouver privé de toute lumière. »