Il arriva qu’il captura lui-même, au cours de l’une de ses expéditions, l’un des rois des Francs. Il consulta alors les émirs à son sujet, se demandant s’il devait le tuer ou bien accepter la somme d’argent qu’il proposait pour sa libération. Ce roi avait en effet offert une très grande rançon pour se délivrer. Les avis furent partagés, puis il lui parut préférable de le libérer et de prendre sa rançon. Il envoya donc, par l’intermédiaire de ses proches, quelqu’un dans son pays afin de rapporter l’argent nécessaire à son rachat, qui arriva rapidement. Nur al-Din le relâcha, et lorsque ce roi parvint dans son royaume, il y mourut aussitôt. Cela impressionna beaucoup Nur al-Din et ses compagnons.
Nur al-Din bâtit avec cet argent le bimaristan (1) de Damas, qui est le plus beau des hôpitaux construits. Il en posa comme condition qu’il soit réservé aux pauvres et aux indigents. Et si certains médicaments rares ne se trouvaient que dans cet établissement, on ne devait pas en priver les riches, pas plus que l’on ne devait refuser de remède à quiconque y venait consulter. C’est ainsi que Nur al-Din s’y rendit lui-même et but de ses remèdes.
J’ai entendu dire – selon certains – que depuis que ce bimaristan fut édifié, le feu n’y aurait jamais été éteint jusqu’à notre époque, mais Dieu seul sait la vérité.
Il fit aussi construire de nombreux khans (caravansérails) sur les routes et des tours, y établit des gardiens dans les endroits dangereux, et y installa des pigeons voyageurs qui pouvaient l’informer des nouvelles dans les délais les plus brefs. Il érigea également des ribats et des khanqahs. Il réunissait régulièrement des juristes, des maîtres spirituels et des soufis pour les visiter, les honorer et les exalter, et il affectionnait les gens vertueux.
Une fois, l’un des émirs médisa devant lui d’un savant nommé Qutb al-Din al-Naysaburi. Nur al-Din lui déclara : « Malheur à toi ! Si ce que tu dis est exact, alors il possède plus de bonnes actions que toi, suffisamment pour effacer les mauvaises que tu évoques, si tu dis vrai. Quant à moi, par Dieu, je ne te crois pas. Si tu oses encore le mentionner, lui ou un autre, en mal devant moi, je te corrigerai. » L’émir en resta là et ne parla plus ensuite de ce savant.