Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Il est rapporté qu’Asad ad-Dîn Shîrkûh ibn Shâdhî avait acquis une très grande importance auprès de Nûr ad-Dîn, au point qu’on eût cru qu’il était son associé dans le royaume. Il possédait des domaines, des biens, des fermes et des villages. Or, il arrivait parfois que les agents qu’il déléguait commettent des injustices envers leurs voisins dans les terres. Le juge Kamâl ad-Dîn redressait toute plainte portée contre n’importe quel émir, à l’exception d’Asad ad-Dîn en personne, n’osant pas l’atteindre. Cependant, lorsque Nûr ad-Dîn construisit la Dâr al-‘Adl (la « Maison de la Justice »), Asad ad-Dîn ordonna à ses délégués de ne pas écarter la moindre plainte qui le mettrait en cause, fût-elle grave, car perdre sa fortune lui importait moins que d’être considéré comme un oppresseur par Nûr ad-Dîn ou d’être convoqué avec un plaignant issu du commun peuple. Ses agents obéirent à cet ordre.

Quand Nûr ad-Dîn siégea un long moment dans la Dâr al-‘Adl sans que personne ne se plaignît d’Asad ad-Dîn, il interrogea le juge à ce sujet. Le juge lui décrivit la situation, si bien que Nûr ad-Dîn se prosterna alors pour rendre grâce à Dieu et s’exclama : « Louange à Dieu dont les compagnons font preuve d’équité envers eux-mêmes. »

Quant à son courage, on disait qu’on n’avait jamais vu à cheval quelqu’un de plus habile ni de plus sûr de lui. Il excellait au jeu de polo : il lui arrivait de frapper la balle, de galoper à sa poursuite pour la saisir en l’air de la main, puis de la lancer à l’autre bout du terrain. Jamais on ne voyait son maillet au-dessus de sa tête, et on ne le remarquait pas non plus dans sa main, car la manche de sa tunique le dissimulait. Ce n’était pour lui qu’une façon de dédaigner l’importance qu’on accordait à ce jeu. Étant fort courageux et d’une patience proverbiale en guerre, on citait souvent son exemple. Il disait : « Je me suis exposé à la recherche du martyre à maintes reprises, mais cela ne m’a pas été accordé. »

Un jour, le juriste Qutb ad-Dîn an-Naysâbûrî lui adressa ces mots : « Pour l’amour de Dieu, ô Sultan, ne risquez pas votre vie : si vous êtes tué, tous ceux qui vous accompagnent périront et les territoires seront pris. » Mais il répondit : « Tais-toi, Qutb ad-Dîn ; ta parole est un manque de respect envers Dieu. Qui est Mahmûd ? Avant moi, n’existait-il pas Dieu – Lui qui protège la religion, et Il n’est d’autre divinité que Lui ? » Là-dessus, tous les présents fondirent en larmes.

(1) N'apparaît pas dans la version Ṭ. (2) A, B : « charīk » (partenaire). (3) Ensuite dans A : « wa-al-awlād » (et les enfants). (4) Ensuite dans Ṭ : « wa-al-amlāk al-ʿadl » (et les biens équitables). (5) Dans A : « istaʿdāhu » (il l’a convoqué). (6) A, B : « wa-in kāna ʿaẓīman » (et s’il est grand). (7) B : « khaṣmuhu » (son adversaire). (8) A : « yastaʿdī ʿalā Nūr al-Dīn » (il convoque contre Nūr al-Dīn). (9) N’apparaît pas dans B. (10) Ensuite dans Ṭ : « wa-law kāna fiyya khayr wa-lay ʿinda llāh qīmah larazaqnīhā wa-l-aʿmāl bi-n-niyyah » (et si j’avais en moi du bien et une valeur auprès de Dieu, Il me la garantirait ; les œuvres sont selon l’intention). Le rapport est dans al-Rawḍatayn (1/8). (11) Il s’agit de Masʿūd ibn Muhammad, et sa biographie sera reprise dans Wafayāt, année 578 de ce volume. (12) Ensuite dans Ṭ : « wa-faṣada ḥāl al-muslimīn » (et la condition des musulmans s’est dégradée). (13) Ṭ : « man kāna ḥāḍiran » (celui qui était présent).
قال (١) : وكان سبب ذلك أن أسد الدين شيركوه بن شاذي كان قد عظم شأنه عند نور الدين حتى صار كأنه شريكه (٢) في المملكة، واقتنى الأملاك (٣) والأموال والمزارع والقرى. وكان ربما ظلم نوابُه جيرانَهم في الأراضي (٤) ، وكان القاضي كمال الدين ينصف كل من استعداه (٥) على جميع الأمراء إِلا أسد الدين هذا، فما كان يهجم عليه، فلما ابتنى نور الدين دار العدل تقدم أسد الدين إِلى نوابه ألا يَدَعُوا لأحد عنده ظلامة، وإِن كانت عظيمة (٦) ، فإِن زوال ماله عنده أحب إِليه من أن يراه نور الدين بعين ظالم أو يوقفه مع خصم (٧) من العامة، ففعلوا ذلك، فلما جلس نور الدين بدار العدل مدة متطاولة، ولم ير أحدًا يستعدي (٨) على أسد الدين، فسأل القاضي عن ذلك، فأعلمه بصورة الحال، فسجد نور الدين عند ذلك شكرًا لله، وقال: الحمد لله الذي أصحابنا (٩) ينصفون من أنفسهم. وأما شجاعته فكان يقال: إِنه لم ير على ظهر الفرس أحسن ولا أثبت منه. وكان يحسن اللعب بالكرة، وربما ضربها ثم يسوق وراءها ويأخذها من الهواء بيده، ثم يرميها إِلى آخر الميدان، ولم يُرَ جوكانه يعلو على رأسه، ولا يرى الجوكان في يده، لأنّ الكم ساتر لها، ولكنه استهانة بلعب الكرة. وكان شجاعًا، صبورًا في الحرب، يضرب به المثل في ذلك. وكان يقول: قد تعرّضت للشهادة غير مرة، فلم يتّفق لي ذلك (١٠) ، فقال له يومًا الفقيه قطب الدين النيسابوري (١١) : بالله يا مولانا السلطان لا تخاطر بنفسك، فإِنك لو قُتلت قتل جميع من معك وأُخذت البلاد (١٢) ، فقال: اسكت يا قطب الدين، فإِن قولك إِساءة أدب مع الله ومن هو محمود؟ من كان يحفظ الدين قبلي غير الله الذي لا إِله إِلا هو؟ قال: فبكى من حضر (١٣) . (رحمه الله) .
(١) ليست في ط. (٢) أ، ب: شريك. (٣) بعدها في أ: والأولاد. (٤) بعدها في ط: والأملاك العدل. (٥) في أ: استدعاه. (٦) أ، ب: وإِن كان عظيمًا. (٧) ب: خصمه. (٨) أ: يستدعي على نور الدين. (٩) ليست في ب. (١٠) بعدها في ط: ولو كان فيّ خير ولي عند الله قيمة لرزقنيها والأعمال بالنية. والخبر في الروضتين (١/ ٨). (١١) هو مسعود بن محمد وسترد ترجمته في وفيات سنة ٥٧٨ من هذا الجزء. (١٢) بعدها في ط: وفسد حال المسلمين. (١٣) ط: من كان حاضرًا.

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