Ibn al-Athîr (1) rapporte qu’un jour, le roi Nûr ad-Dîn jouait à la balle lorsqu’il remarqua un homme qui s’entretenait avec un autre et lui faisait des signes. Il envoya alors son chambellan pour s’enquérir de la situation. On découvrit qu’il s’agissait d’un individu accompagné d’un émissaire mandaté par le juge, prétendant que le roi lui devait un droit et souhaitant l’assigner en justice devant le cadi. Dès que le chambellan l’en informa, Nûr ad-Dîn laissa tomber de sa main le joûkân (2) et s’achemina avec son adversaire jusqu’au cadi (3) Kamâl ad-Dîn ash-Shahrazûrî. Sur la route, il lui avait fait parvenir l’instruction de ne le traiter que comme un justiciable parmi d’autres. Lorsqu’ils arrivèrent, Nûr ad-Dîn se tint, avec son adversaire, debout devant le cadi jusqu’à ce que la sentence fût rendue. Il apparut alors que l’homme n’avait aucun droit contre Nûr ad-Dîn, mais que c’était plutôt le sultan qui en avait un contre lui. Une fois la chose établie, le sultan déclara : « Si je suis venu avec lui, c’est afin que nul ne se dérobe à la comparution devant la Loi religieuse lorsqu’il y est convoqué. Nous ne sommes que subordonnés devant elle. Je savais pertinemment qu’il n’avait aucun droit sur moi, mais je vous prends à témoin que je lui ai cédé et offert cet objet. »
Par la suite (4), le cadi Tâj ad-Dîn envoya un émissaire du nom de Suwayd pour faire comparaître à nouveau le roi Nûr ad-Dîn devant la juridiction, en raison de la plainte d’un homme à son encontre. Suwayd transmit le message au chambellan, qui entra auprès du roi en riant et en disant : « Que le seigneur se rende chez le cadi pour entendre la plainte », comme si cela l’amusait. Le roi répliqua : « Et pourquoi te moques-tu ? », puis il dit : « Apportez-moi mon cheval ! », avant de se lever en récitant : « “Les paroles des croyants, quand ils sont appelés vers Dieu et Son Messager afin qu’Il juge entre eux, consistent seulement à dire : ‘Nous avons entendu et nous obéissons.’” (sourate an-Nûr, verset 51). » Il se rendit ainsi chez le juge, malgré la pluie battante et la boue abondante, qu’Allah lui accorde Sa miséricorde.
Ibn al-Athîr (6) relate encore que ce fut lui qui, le premier, fit construire une Dâr al-ʿAdl (7). Il y siégeait deux jours par semaine (8) – d’autres disent quatre, d’autres encore cinq. Le jour où il s’y installait, ni chambellan ni quiconque d’autre ne le séparait du peuple : aussi bien le fort que le faible pouvaient alors accéder à lui. Il écoutait les gens, les interrogeait et leur parlait lui-même, examinait les injustices et redressait les torts, rendant justice à l’opprimé contre l’oppresseur (9) (10).