Un jour, il partit à cheval avec l’un de ses compagnons, alors que le soleil était dans leur dos et que leurs ombres se projetaient devant eux, inaccessibles. Puis ils firent demi-tour, et l’ombre se retrouva cette fois derrière eux. Le roi Nūr al-Dīn lança alors sa monture à vive allure et, se retournant sans cesse pour observer son ombre qui le suivait, il déclara à son compagnon : « Sais-tu à quoi j’ai comparé ce qui nous arrive ? Je l’ai assimilé à ce bas monde : il fuit devant celui qui le recherche et recherche celui qui s’en détourne. »
À ce propos, on a récité (sur le mètre al-Raml) :
« L’exemple de la subsistance que tu poursuis / Est tel l’ombre qui avance avec toi ;
Jamais tu ne la rejoins, malgré tes efforts, / Mais quand tu t’en détournes, elle te rattrape. »
Nūr al-Dīn était juriste (faqīh) suivant l’école d’Abū Ḥanīfa ; il entendit des ḥadīth et les transmit. Il priait souvent la nuit, depuis la dernière partie de la nuit (sahar) jusqu’à ce qu’il monte à cheval. À son sujet, on cita ce vers (sur le mètre al-Kāmil) :
« Il alliait le courage et la dévotion envers son Seigneur ; / Qu’il est sublime de voir des vaillants en prière dans le miḥrāb ! »
Son épouse, ‘Iṣmat al-Dīn Khātūn, fille de l’atābak Muʿīn al-Dīn Unur, priait également de longues heures durant la nuit. Une fois, elle s’endormit et manqua la partie de récitation (wird) à laquelle elle était habituée ; au matin, elle en conçut une grande contrariété. Lorsque Nūr al-Dīn l’interrogea à ce sujet, elle expliqua que son sommeil l’avait empêchée d’accomplir sa récitation. Aussitôt, Nūr al-Dīn ordonna de faire sonner le tambour (ṭablkhāna) dans la citadelle à l’heure du sahar, pour la réveiller, elle et ceux qui, comme elle, veillaient en prière. Il accorda au tambourinaire une rémunération généreuse et une importante allocation.
Sur ce thème, il fut dit (sur le mètre al-Basīṭ) :
« Puisse Dieu envelopper ces ossements de Son pardon et de Sa miséricorde, / Quoique déjà dissous sous la terre ;
Puisse-t-Il abreuver la terre où ils reposent d’une grâce généreuse, / De sorte que leurs sépulcres soient emplis d’un souffle de vie et d’un parfum bienfaisant. »