Il se rendit auprès (1) du sultan pour intercéder en sa faveur. Or, ʿImāra s’imagina qu’il plaidait (2) contre lui et s’exclama : « Ô notre seigneur le sultan, ne l’écoute pas ! » Le cadi al-Fāḍil se mit alors en colère et quitta le palais. Le sultan lui dit : « Il ne faisait qu’intercéder pour toi (3). » ʿImāra en éprouva un grand remords. Lorsque l’on l’emmena pour le crucifier, il passa (4) par la demeure du cadi al-Fāḍil. Il voulut le rencontrer, mais ce dernier se cacha à sa venue. Alors il déclama :
[Extrait du mètre majzūʾ al-kāmil]
(5) « ʿAbd al-Raḥīm s’est retranché (6)… / En vérité, la délivrance est le plus étonnant des prodiges. »
Ibn Abī Ṭayy rapporte : « Ceux qui furent crucifiés étaient :
- Al-Faḍl (7) ibn Kāmil le cadi, c’est-à-dire Abū al-Qāsim Hibat Allāh ibn ʿAbd Allāh ibn Kāmil, qui exerça la fonction de cadi al-quḍāt (juge des juges) sur les terres d’Égypte à l’époque des Fāṭimides. Il était surnommé Fakhr al-Umanaʾ (Fierté des hommes de confiance). D’après ʿImād al-Kātib, il fut le premier à être crucifié. On le rattachait à la vertu et aux belles-lettres ; il écrivait de la poésie raffinée. Citons, à ce propos, ces vers qu’il composa en l’honneur d’un jeune apprenti-ravaudeur (8) :
[Extrait du mètre al-basīṭ amputé]
« Ô toi qui raccommodes chaque déchirure d’étoffe… / Et ô gazelle (9) dont l’amour habite ma conviction,
Puisses-tu, par la main de l’union, suturer / tout ce que l’éloignement a rendu en lambeaux dans mon cœur » !
- Ibn ʿAbd al-Qawī (10), dāʿī al-duʿāt, qui connaissait l’emplacement des trésors cachés du palais. On le soumit à la torture pour qu’il révèle (11) ces secrets, mais il s’y refusa, et mourut ainsi, de sorte que toute chose tomba dans l’oubli. »