Ceux qui exerçaient le pouvoir convinrent alors de rétablir (1) l’État fatimide. Ils écrivirent aux Francs pour les inviter à venir à leur secours, et ils désignèrent un calife issu (2) de la lignée des Fatimides, ainsi qu’un vizir et des émirs, alors que le sultan était absent, occupé à Karak. Sur ces entrefaites, le sultan revint, et ‘Imâra al-Yamanî incita Shams al-Dawla Turânshâh (3) à se rendre au Yémen (4), afin d’affaiblir ainsi l’armée, l’empêchant de résister aux Francs si ceux-ci venaient soutenir les Fatimides. Turânshâh partit, mais ‘Imâra al-Yamanî ne l’accompagna pas (5). Il resta plutôt au Caire pour discuter abondamment de ce projet, pour se lier avec les personnes impliquées (6) et entretenir avec elles de bonnes relations. Il comptait parmi les principaux promoteurs et défenseurs de ce complot. Par la suite, ils firent entrer dans cette affaire certains affiliés (7) (8) à al-Malik al-Nâsir Salâh al-Dîn, ce qui trahissait leur manque de discernement, la gravité de leur ignorance et l’empressement de leur propre ruine.
Alors même qu’ils avaient grand besoin de lui, leur allié, le cheikh Zayn al-Dîn ‘Alî ibn Najâ, le prédicateur, les trahit (9). Il alla trouver le sultan al-Malik al-Nâsir et l’informa du complot qui se tramait et de l’état où les choses en étaient arrivées. Le sultan lui offrit d’importantes sommes d’argent et l’honora de beaux présents.
Puis le sultan fit comparaître les conjurés, l’un après l’autre, les interrogea et obtint leur aveu. Il les fit alors emprisonner et consulta (10) les juristes à leur sujet. Ceux-ci émirent un avis le pressant de les exécuter et de disperser leurs rangs. Le sultan ordonna (11) l’exécution de leurs chefs et notables, épargnant leurs partisans et leurs serviteurs, puis décida l’exil du reste de l’armée ubaydite (12) vers les confins du pays.
Par ailleurs, il fit isoler la descendance (13) d’al-‘Âdid et les membres de sa famille dans une demeure réservée (14), à l’écart de toute influence bonne ou mauvaise, leur affectant des vivres et des vêtements adéquats. Pour sa part, ‘Imâra, qui était l’ennemi déclaré du qâdî al-Fâdil, fut ensuite convoqué (15) devant le sultan, et le qâdî al-Fâdil se leva