Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

« En vérité, votre père avait à mon égard un service – il m’avait en effet confié cette citadelle avant que son fils Najm ad-Dîn Ayyoub n’en prenne la charge – et je répugne à vous faire du tort. Cependant, quittez ces lieux. » C’est ainsi que Bihrûz les expulsa de sa forteresse.

La nuit même où ils en partirent naquit le roi al-Nâsir Ṣalâḥ ad-Dîn Yûsuf. Il dit alors : « J’ai vu dans cette naissance un mauvais présage, car j’avais perdu mon pays et ma patrie. » Mais certaines personnes lui répliquèrent : « Tu vois en cet enfant un signe de malheur ; qu’est-ce qui te garantit pourtant qu’il ne deviendra pas un grand roi, doté d’une grande renommée (1) ? » Et c’est bien ce qui arriva (2).

Tous deux (Najm ad-Dîn Ayyoub et son frère) entrèrent alors au service du sultan ‘Imâd ad-Dîn Zankî, père de Nûr ad-Dîn, avant de servir son fils Nûr ad-Dîn Maḥmûd, le roi juste. Ils y progressèrent en rang et en considération. Nûr ad-Dîn nomma (3) Najm ad-Dîn Ayyoub gouverneur de Baalbek, et Asad ad-Dîn fut l’un de ses principaux émirs. Une fois Baalbek placée sous son autorité (4), Najm ad-Dîn Ayyoub y résida longtemps et la plupart de ses enfants y virent le jour.

Par la suite, il advint ce que nous avons déjà rapporté au sujet de leur entrée (5) (6) en Égypte, et de la venue de l’émir Najm ad-Dîn Ayyoub (7) auprès de son fils dans ce pays en l’an soixante-quatre. Puis, au mois de Dhu al-Ḥijja, Najm ad-Dîn fit une chute ; il mourut huit jours plus tard, le vingt-sept Dhu al-Ḥijja de cette année. Son fils, le roi al-Nâsir (8) Ṣalâḥ ad-Dîn, assiégeait alors (9) al-Karak et ash-Shawbak. Lorsqu’il reçut la nouvelle, il s’affligea de n’avoir pu être présent aux côtés de son père. Il exprima ses profonds regrets et son chagrin, et récita :

[Sur le mètre al-kâmil]
« Wa-takhaṭṭafat’hu yadu r-radâ fî ghaybatî … Habnî ḥaḍartu, fa-kuntu mâdhâ aṣna‘u »

(« La main de la mort l’a saisi en mon absence… Suppose que j’eusse été là, qu’aurais-je pu y changer ? »)

Quant à Najm ad-Dîn Ayyoub, il était abondant en prières, en jeûnes et en aumônes, généreux et énergique, particulièrement loué pour sa munificence. Le qâḍî Ibn Khallikân (13) mentionne qu’il fonda une khânqâh (maison soufie) en Égypte, ainsi qu’une mosquée et un canal à l’extérieur de la porte de la Victoire (Bâb an-Naṣr).

(1) B : beaucoup, le terme n'apparaît pas dans la version T.\n(2) T : donc ce fut comme il l'a dit.\n(3) A, B : le roi Nour al-Din s'installa à Baalbek.\n(4) A, B : il lui remit Salaam (paix) et il s'installa.\n(5) T : son ordre.\n(6) T : son entrée.\n(7) uniquement dans B.\n(8) uniquement dans B.\n(9) T : le siège d'Al-Karak se fit en son absence, et lorsqu'il apprit sa mort, il souffrit de son absence lors de l'événement et il envoya [quelque chose].\n(10) A, T : et elle le saisit vivement.\n(11) Non présent dans B.\n(12) B : très généreux en aumônes, prières et jeûnes; T : très assidu dans la prière, l'aumône et le jeûne.\n(13) Voir Wafayāt al-Aʿyān (1/257 et 261) où il est dit que la khānqāh à Baalbek est peut-être une généralisation visant une partie de l'ensemble.
(إِن أباكما كانت له عليّ خدمة -وكان قد استنابه في هذه القلعة قبل ابنه نجم الدين أيوب- وإِنىِ أكره أن أسوءكما، ولكن انتقلا منها) . فأخرجهما بِهْرُوز من قلعته. وفي ليلة خروجه منها ولد له الملك الناصر صلاح الدين يوسف. قال: فتشاءمت به لفقدي بلدي ووطني، فقال له بعض الناس: قد ترى ما أنت فيه من التشاؤم بهذا المولود، فما يؤمِّنك أن يكون هذا المولود ملكًا عظيمًا له صيت كبير (١) ، فكان كذلك (٢) . فاتصلا بخدمة الملك عماد الدين زنكي أبي نور الدين، ثم كانا عند ابنه نور الدين محمود الملك العادل، وتقدما عنده، وعظما، واستناب (٣) نور الدين نجمَ الدين أيوبَ على بعلبك، وكان أسد الدين من أكبر أمرائه، ولما تسلّم (٤) بعلبك أقام بها مدة طويلة، وولد له بها أكثر أولاده. ثم كان من الأمر (٥) ما ذكرناه في دخولهم (٦) الديار المصرية، وصيرورة الأمير نجم الدين أيوب (٧) إِلى ابنه بها في سنة أربع وستين. ثم اتفق أنه في ذي الحجة سقط، ومات بعد ثمانية أيام، في اليوم السابع والعشرين من ذي الحجة من هذه السنة، وكان ابنه الملك الناصر (٨) صلاح الدين محاصرًا (٩) للكرك والشوبك، فلما وصله الخبر تألّم لعدم حضوره ذلك، وأرسل يتحرّق ويتحزّن، وأنشد يقول: [من الكامل] وَتَخَطَّفَتْهُ (١٠) يَدُ الرَّدَى في غَيْبَتي … هَبْني (١١) حَضَرْتُ، فَكُنْتُ ماذا أَصْنَعُ وقد كان نجم الدين أيوب، كثير (١٢) الصلاة والصيام والصدقة، كريم النفس، جوادًا ممدَّحًا. قال القاضي ابن خلكان (١٣) : وله خانقاه بالديار المصرية، ومسجد وقناة خارج باب النصر
(١) ب: كثير وليست اللفظة في ط. (٢) ط: فكان كما قال. (٣) أ، ب: واستنابه الملك نور الدين ببعلبك. (٤) أ، ب: سلمت إِليه أقام. (٥) ط: أمره. (٦) ط: دخوله. (٧) عن ب وحدها. (٨) عن ب وحدها. (٩) ط: محاصر الكرك غائبًا عنه فلما بلغه خبر موته تألّم لغيبته عن حضوره وأرسل. (١٠) أ، ط: وتخطفه. (١١) ليس في ب. (١٢) ب: كثير الصدقة والصلاة والصيام، ط: كثير الصلاة والصدقة والصيام. (١٣) وفيات الأعيان (١/ ٢٥٧ و ٢٦١) وفيه: أن الخانقاه ببعلبك ولعلها من قبيل إِطلاق الكل وارادة البعض.

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