Ton oncle – c’est-à-dire Shihab al-Dîn al-Hârimî – disait : « Même si nous voyions le roi Nûr al-Dîn, nous nous empresserions d’aller à lui et nous baiserions la terre devant lui, de même que devant le reste de ces émirs et de l’armée. Et si jamais il m’écrivait pour que je t’envoie à lui avec un courrier, je le ferais. » Puis il ordonna à ceux qui se trouvaient là de se retirer et de s’en aller.
Lorsque sa porte fut close et qu’il se retrouva seul avec son fils, il lui dit : « As-tu perdu la raison ?! Tu évoques de telles choses en présence de ces gens, alors ‘Umar tient un tel discours et tu l’approuves ?! Il n’y aura plus rien aux yeux de Nûr al-Dîn de plus important que de te prendre pour cible, de te combattre et de ruiner nos contrées. Si ceux-là le voyaient, pas un seul ne resterait avec toi, ils partiraient tous vers lui. Mais envoie-lui un message, implore sa clémence, fais preuve d’humilité devant lui et dis-lui : “Pourquoi donc notre seigneur le sultan aurait-il besoin de venir me combattre ? Envoie-moi plutôt un courrier ou un chamelier pour que je vienne jusqu’à toi.” » Il lui envoya donc ce message. Lorsque Nûr al-Dîn entendit ces paroles, son cœur s’adoucit à son égard, son attention se détourna de lui et il s’occupa d’autres affaires, conformément au verset : « Et l’ordre de Dieu est décrété selon une mesure déterminée » [Al-Ahzâb : 38].
Cette même année, Nûr al-Dîn installa le service de pigeons voyageurs (al-hamâm al-hawâdî), en raison de l’étendue et de l’agrandissement de son royaume. Il régnait en effet depuis les confins de la Nubie jusqu’à Hamadhân, sans que ne s’intercalent d’autres terres que celles des Francs – qu’Allah les maudisse – et tous étaient sous son autorité ou en trêve avec lui. C’est pourquoi il mit en place, dans chaque citadelle et fort, des pigeons pour transporter les messages à travers les contrées dans les plus brefs délais et avec le moins de moyens possibles. Et qu’il est beau le propos du Qâdî al-Fâdhil à leur sujet : « Les pigeons sont les anges des rois. » Al-‘Imâd al-Kâtib, quant à lui, en a longuement parlé, et ses propos sont aussi plaisants qu’étonnants et surprenants – qu’Allah lui fasse miséricorde.
Parmi ceux qui décédèrent cette année-là figurait ‘Abd Allâh ibn Ahmad [ibn Ahmad ibn Ahmad], Abû Muhammad ibn al-Khushshâb : il avait récité le Coran, entendu des hadiths, et s’était adonné à l’étude de la grammaire et de la langue au point de surpasser les gens de son époque en ces matières. Il rédigea un commentaire du « Al-Jumal » d’Abd al-Qâhir al-Jurjânî. C’était un homme pieux, accompli dans les œuvres surérogatoires, chose rare chez les grammairiens. [Il mourut] en