Au cours de cette même année, (1) le roi Ṣalāḥ al-Dīn abolit pour les habitants d’Égypte les taxes et les impôts. Le décret à ce sujet fut proclamé devant tous, le vendredi après la prière, le troisième jour de Ṣafar.
Cette année-là également, (2) un différend éclata entre le roi (3) Nūr al-Dīn et le roi Ṣalāḥ al-Dīn al-Nāṣir (4). En effet, le roi (5) Nūr al-Dīn entreprit cette année-là une expédition contre les Francs sur les côtes, leur infligeant un châtiment sévère et leur inspirant de la rancune et des menaces. Il décida ensuite de faire le siège d’al-Karak et écrivit à Ṣalāḥ al-Dīn pour qu’il vienne le rejoindre à la tête des troupes égyptiennes dans la région d’al-Karak, afin qu’ils s’y rencontrent et conviennent ensemble de ce qui serait bénéfique aux musulmans.
Or, le roi Ṣalāḥ al-Dīn se méfia de ce projet, craignant qu’il ne dissimule quelque manœuvre susceptible de le priver du pouvoir qu’il avait établi sur les territoires d’Égypte. Malgré cela, il partit de [la province égyptienne] (8) avec son armée pour répondre à l’ordre donné; il voyagea plusieurs jours, puis fit demi-tour, avançant pour excuse le manque de montures (9) et la crainte de voir [les territoires égyptiens] (10) sombrer dans le désordre en son absence. Il envoya à ce sujet une lettre d’excuse au sultan, le roi juste Nūr al-Dīn – que Dieu lui fasse miséricorde –, ce qui éveilla la méfiance de ce dernier et déclencha sa violente colère. Il résolut alors d’entrer [en Égypte] (11), de l’arracher (12) à Ṣalāḥ al-Dīn et d’y nommer (13) un autre dirigeant.
Lorsque la nouvelle parvint à Ṣalāḥ al-Dīn, il en fut très troublé. Il évoqua le sujet devant les émirs et les notables, puis son neveu (15), Taqī al-Dīn ʿUmar, s’empressa de déclarer : « Par Dieu, si Nūr al-Dīn nous attaque, nous le combattrons (16) ! » À ces mots, l’émir Najm al-Dīn Ayyūb, père du roi Ṣalāḥ al-Dīn, l’injuria, le réprimanda et le fit taire. Il s’adressa ensuite à son fils en lui disant : « Écoute ce que je te dis : par Dieu, il n’y a ici personne qui ait plus de compassion pour toi que moi et… »