Al-Bāqillānī et le shaykh Abū Ḥāmid al-Isfarāyīnī, ainsi que plusieurs autres éminents imams après l’an quatre cents, comme nous l’avons déjà exposé précédemment. Voici l’objet de notre propos :
Ce prétentieux imposteur, ce menteur, vit ses affabulations trouver crédit dans ces contrées, appuyées par un groupe d’ignorants parmi les dévots. Il gagna ainsi pouvoir et influence, au point de fonder une cité qu’il appela “al-Mahdiyya”, en référence à son propre nom, et devint un roi obéi. Il affichait ostensiblement le rejet (ar-rafḍ), tout en dissimulant une mécréance absolue.
Après lui vinrent, successivement, son fils al-Qāʾim Muḥammad (1), puis son fils al-Manṣūr Ismāʿīl, puis son fils al-Muʿizz Maʿadd – le premier d’entre eux à pénétrer en Égypte – pour qui furent bâties la cité du Caire dite “al-Muʿizziyya” et les deux palais. Ensuite, son fils al-ʿAzīz Nizār, puis al-Ḥākim Manṣūr, puis aẓ-ẓāhir ʿAlī (2), puis al-Mustanṣir Maʿadd, puis al-Mustaʿlī Aḥmad, puis al-Āmir Manṣūr. Vint ensuite son cousin al-Ḥāfiẓ ʿAbd al-Majīd, suivi de son fils aẓ-ẓāfir Ismāʿīl, puis al-Fāʾiz ʿAlī et enfin son cousin al-ʿAḍid ʿAbd Allāh, qui fut le dernier d’entre eux.
Au total, ils furent quatorze souverains, et leur règne s’étendit sur plus de deux cent quatre-vingts années. Les califes omeyyades furent également au nombre de quatorze, mais leur domination ne dura qu’un peu plus de quatre-vingt-dix ans. J’ai composé, à leur sujet et à celui des précédents, une oraison en vers (arjūza) faisant suite à celle que j’avais dédiée aux Banū al-ʿAbbās, à la fin de leur dynastie à Bagdad en l’an 656 de l’Hégire, comme cela sera détaillé plus loin. C’est en Dieu que réside toute confiance et c’est à Lui que nous nous en remettons (5).
[Les Fāṭimides] furent les califes les plus riches et les plus fortunés, les plus oppressants et les plus injustes parmi tous ; ils comptent parmi les rois à la conduite la plus infâme et aux intentions les plus pernicieuses. Sous leur règne, les innovations et les actes répréhensibles se multiplièrent ; le nombre de corrupteurs augmenta, tandis que se raréfièrent les savants vertueux et les dévots. En terre de Shām, on vit proliférer les Nusayriyya, les Druzes et les Ḥashīshiyya, et les Francs finirent par s’emparer de l’ensemble des côtes du Shām, conquérant la noble Jérusalem (al-Quds ash-Sharīf), Naplouse, ʿAjlūn, la vallée du Ghor, la région de Gaza, ʿAsqalān, Karak ash-Shūbak, Ṭabariyya, Bāniyās, Ṣūr, ʿAthlīth, Ṣaydā, Bayrūt, ʿAkkā, Ṣafad, Ṭarābulus, Antioche et toutes les autres contrées similaires.