Lorsque le pouvoir du sultan Ṣalāḥ al-Dīn (Saladin) se consolida, il ordonna que la khutba (prière du vendredi) fût prononcée au nom des Banū al-ʿAbbās, suivant l’instruction que lui avait transmise al-Malik Nūr al-Dīn. Ceci faisait suite au reproche émis par le calife al-Mustaǧid – avant sa propre mort – au sujet de l’absence de khutba pour les ʿAbbassides. À cette époque, al-ʿĀḍid était déjà gravement malade. Son décès survint le jour de ʿĀšūrāʾ ; Ṣalāḥ al-Dīn assista à ses funérailles, prit part à la cérémonie de deuil, le pleura et regretta sa disparition, manifestant un grand chagrin à son propos. Il avait d’ailleurs été obéissant à Ṣalāḥ al-Dīn, exécutant ses ordres, et l’on rapporte qu’il était généreux, noble et louable. Puisse Dieu lui faire miséricorde.
Lorsque al-ʿĀḍid mourut, Ṣalāḥ al-Dīn s’empara du palais et de tout son contenu. Il transféra la famille d’al-ʿĀḍid dans une demeure qu’il leur assigna, veillant à leur accorder des subsides et un train de vie confortable, en compensation de ce qu’ils avaient perdu avec la fin du califat. Plus tard, Ṣalāḥ al-Dīn exprima des remords d’avoir instauré la khutba pour les Banū al-ʿAbbās en Égypte avant la mort d’al-ʿĀḍid, se demandant s’il n’aurait pas mieux valu patienter jusqu’après son décès ; cependant, ce fut là un décret prédestiné, déjà inscrit dans les Livres.
Parmi les vers composés à ce sujet par al-ʿImād al-Kātib, on peut lire :
« Le calife usurpateur al-ʿĀḍid est mort ; plus aucun innovateur ne saura désormais ouvrir (une brèche) en Égypte.
L’époque de son “Pharaon” est révolue, et son “Yūsuf” – Ṣalāḥ al-Dīn – détient maintenant le pouvoir.
La braise des égarés s’est éteinte et tout ce qu’embrasait l’idolâtrie s’est dissipé.
La cohésion du bien s’y est reformée, et le pacte de la droiture s’est renoué.
Lorsque fut proclamé le symbole des Banū al-ʿAbbās en toute vérité, le faux s’est dissimulé.
Alors l’appel à l’unicité triompha, et l’on se vengea de ceux qui appelaient à l’association (avec Dieu).
Les tenants de l’erreur demeurèrent dans des ténèbres opaques, faits d’ombre et d’aveuglement.
Les ignorants se débattirent dans les obscurités, quand s’illuminèrent les chaires du savoir. »