Au premier vendredi de ce mois, le roi (1) Saladin (2) ordonna de prononcer la khutba (3) au nom des Abbassides en Égypte, puis, le vendredi suivant, au Caire. Ce fut un jour mémorable. Lorsque la nouvelle parvint au roi Nūr ad-Dīn en Syrie, il dépêcha un émissaire auprès du calife pour l’en informer, par l’intermédiaire d’Ibn Abī ‘Asrūn, c’est-à-dire Shihāb ad-Dīn (4) Abū al-Ma‘ālī al-Muṭahhar (5). Bagdad fut alors parée de décorations, les marchés fermèrent, des coupoles furent dressées, et les musulmans témoignèrent d’une grande joie.
Or, la khutba au nom des Abbassides (6) avait cessé en terres d’Égypte depuis l’an 359 de l’Hégire, sous le calife abbasside al-Muṭī‘, lorsque les Fāṭimides s’emparèrent du pays (7) à l’époque d’al-Mu‘izz le Fāṭimide, fondateur du Caire, et ce, jusqu’à ce moment-là, soit durant deux cents ans et huit ans. Ibn al-Jawzī déclara : « J’ai rédigé à ce propos un ouvrage que j’ai intitulé “An-Naṣr ‘alā Miṣr” (La victoire sur l’Égypte). » (8)
Vint ensuite la mort d’al-‘Āḍid, le dernier calife (9) des ‘Ubaydiens. En arabe (10), le mot « al-‘Āḍid » signifie « celui qui coupe », et la formule « lā yu‘ḍad shajaruhā » (11) veut dire : « qu’on ne coupe pas ses arbres ». C’est par sa mort que leur dynastie se trouva donc coupée.
Son nom était ‘Abd Allāh, surnommé Abū Muḥammad, fils de Yūsuf al-Ḥāfiẓ, lui-même fils de Muḥammad al-Mustanṣir [fils de aẓ-Ẓāhir] (12), fils d’al-Ḥākim, fils d’al-‘Azīz, fils d’al-Mu‘izz, fils d’al-Manṣūr (13), fils d’al-Qā’im, fils d’al-Mahdī, lequel fut le premier de leurs souverains. Al-‘Āḍid naquit en l’an 546 et vécut vingt-et-un ans. Sa conduite était blâmable, car il était un chiite malveillant qui, s’il l’avait pu, aurait tué tous ceux des sunnites qui tombaient en son pouvoir.