Jacob, accompagné de quatre hommes issus des tribus de Ruben et de Lévi, ainsi que de douze mille autres des fils d’Israël (1), se mit en route jusqu’à parvenir au pays de Babylone. Ishaq ibn Bishr rapporta les propos de Wahb ibn Munabbih : lorsque celui-ci eut accompli ce qu’il avait accompli, on lui dit : « Ils avaient un homme qui les prévenait de ce qui leur est arrivé, qui te décrivait, parlait de toi et de ton histoire, et les avertissait que tu tuerais leurs combattants, réduirais en captivité leurs enfants, démolirais leurs mosquées et brûlerais leurs églises. Mais ils l’ont traité de menteur, l’ont accusé à tort, frappé, enchaîné et emprisonné. » Alors Boukht Nasr (Nabuchodonosor) ordonna de faire sortir Jérémie (Armiyya) de prison, et lui dit : « Était-ce toi qui mettais ces gens en garde contre ce qui leur est arrivé (2) ? » Jérémie répondit : « Oui. » Il reprit : « Je savais déjà cela. » Jérémie poursuivit : « Dieu m’a envoyé à eux et pourtant ils me traitèrent de menteur. » Il dit : « Ils t’ont ainsi démenti, frappé et emprisonné ? » Jérémie confirma : « Oui. » Alors Boukht Nasr s’exclama : « Quel peuple exécrable que celui qui dément son prophète et rejette le message de son Seigneur ! Veux-tu me rejoindre pour que je t’honore et te prête assistance ? Ou bien, si tu préfères demeurer dans ton pays, saches que je t’y garantis la sécurité. » Jérémie répondit : « Je suis constamment sous la protection de Dieu depuis que j’existe, je ne m’en suis jamais écarté un seul instant. Si les fils d’Israël ne s’en étaient pas éloignés, ils n’auraient jamais eu rien à craindre de toi ni de personne d’autre, et tu n’aurais eu aucun pouvoir sur eux. » En entendant ces paroles, Boukht Nasr le laissa donc, et Jérémie demeura sur place, dans la terre d’Iliya (3).
Ceci est un récit singulier, riche en sagesses, exhortations et remarques admirables, et présentant aussi un caractère étrange par certains aspects.
Hisham ibn Muhammad ibn as-Sa’ib al-Kalbi raconta : « Boukht Nasr était ispahbadh (4) pour la région qui s’étend des contrées d’al-Ahwaz jusqu’au pays des Romains, soumis au roi des Perses, Lahrasb. Il construisit la ville de Balkh (5), appelée al-Khansâ’, combattit les Turcs et les contraignit à se réfugier dans leurs contrées les plus étroites. Il envoya Boukht Nasr guerroyer contre les fils d’Israël au Shâm (Syrie-Palestine). Quant il arriva en Syrie, les habitants de Damas passèrent un accord de paix avec lui (6). » On rapporte également que celui qui aurait envoyé Boukht Nasr serait Bahman, roi des Perses après Bishtâsb ibn Lahrasb, du fait des excès commis par les fils d’Israël envers ses messagers.
Ibn Jarir rapporta par la chaîne suivante : Younus ibn Abd al-A‘la, d’après Ibn Wahb, d’après Souleymân ibn Bilâl, d’après Yahyâ ibn Sa‘îd al-Ansârî, d’après Sa‘îd ibn al-Moussayyib : Lorsque Boukht Nasr arriva à Damas, il y trouva du sang bouillonnant sur un tas d’ordures (kaba, c’est-à-dire un amas de détritus). Il leur demanda : « Quel est donc ce sang ? » Ils répondirent : « Nous avons trouvé nos pères ainsi, et chaque fois qu’il est recouvert d’ordures, il réapparaît. » Il fit alors tuer soixante-dix mille personnes, musulmans et autres, et ce sang cessa de bouillonner (7).