Il tua un grand nombre de leurs hommes, réduisit en captivité beaucoup de leurs femmes et de leurs enfants, et s’empara d’importants biens de leur propriété, qu’Allah le récompense au mieux pour l’Islam. Ensuite, au mois de Jumâdâ al-Âkhirah, Nûr ad-Dîn marcha vers al-Karak (1), qu’il assiégea : c’était l’une des places les plus inexpugnables. Il fut sur le point (2) de la conquérir, mais il apprit alors que deux chefs francs se dirigeaient vers Damas et craignit que les Francs ne l’encerclent (3). Il leva donc le siège, se rendit (4) à Damas et la fortifia. Lorsque les Francs eurent levé le siège de Damiette, Nûr ad-Dîn et les musulmans éprouvèrent une joie immense. À cette occasion, chacun (5) des poètes composa un poème (6). Le roi Nûr ad-Dîn s’était vivement soucié de cette affaire et en était profondément affecté, à tel point qu’un élève en hadith vint lui lire un recueil (7) contenant un hadith transmis en chaîne consécutive avec le sourire. Il lui demanda de sourire (8) afin que se poursuive (9) la chaîne (isnâd), mais il s’y refusa, en disant : « J’aurais honte devant Dieu qu’Il me voie sourire, alors que les musulmans sont assiégés par les Francs au port de Damiette. »
Le shaykh (10) [Shihâb ad-Dîn] (11) rapporte que l’imam de la mosquée (12) d’Abû al-Dardâ’ à la Citadelle Mansourah eut, cette nuit-là, un songe où il vit le Messager de Dieu (ﷺ), qui lui dit : « Salue Nûr ad-Dîn de ma part et annonce-lui que les Francs ont quitté Damiette. » Je lui dis : « Ô Messager de Dieu, par quel signe ? » Il répondit : « Par le signe de ce qu’il a fait le jour de Tall Hârim, lorsqu’il se prosterna et dit dans sa prosternation : “Ô Dieu, accorde la victoire à Ta Religion ; [et ne donne pas la victoire à Mahmûd] (13). Qui est Mahmûd, le chien ?” » Quand Nûr ad-Dîn fit la prière de l’aube en sa compagnie, il le félicita et l’informa du signe. Lorsqu’il parvint à la mention « Qui est Mahmûd, le chien ? », il hésita à prononcer ces mots. Alors Nûr ad-Dîn lui dit : « Dis ce que le Messager de Dieu (ﷺ) t’a ordonné. » L’homme répéta donc ces paroles et Nûr ad-Dîn répondit : « Tu dis vrai. » Il se mit à pleurer, à la fois en guise de confirmation et de joie. Ils purent ensuite vérifier, et la réalité s’avéra conforme au rêve (14).