Mention du meurtre du tawâshî (eunuque) Muʾtamin al-Ḫilāfa et de ses compagnons aux mains du roi Ṣalāḥ al-Dīn [qu’Allâh lui accorde la victoire].
En effet, il avait expédié, depuis Dār al-Ḫilāfa en Égypte, une lettre aux Francs pour qu’ils se rendent dans les provinces égyptiennes et en chassent les armées musulmanes venues du Šām et les troupes nūrides. Celui qui porta cette lettre était le serviteur Muʾtamin al-Ḫilāfa, à la tête des troupes du palais, un Éthiopien. Il l’avait confiée à un homme de confiance, mais, en chemin, quelqu’un découvrit la nature de sa mission et le conduisit auprès du roi al-Nāṣir Ṣalāḥ al-Dīn. Celui-ci l’interrogea et reçut le document. Ṣalāḥ al-Dīn comprit aussitôt la situation et la tint secrète. Le serviteur Muʾtamin al-Ḫilāfa pressentit toutefois que le roi avait tout découvert : il demeura alors longtemps reclus dans le palais, craignant pour sa vie. Puis, un jour, il décida de sortir pour aller chasser ; le roi Ṣalāḥ al-Dīn envoya alors des hommes qui l’arrêtèrent et le mirent à mort, avant de lui rapporter sa tête. Il révoqua ensuite tous les serviteurs en charge des fonctions du palais et nomma à leur place Bahāʾ al-Dīn Qaraqūš, à qui il ordonna de le tenir informé de toutes les affaires, qu’elles soient mineures ou majeures.
[La révolte des Sūdān]
Après l’exécution de Muʾtamin al-Ḫilāfa, l’eunuque éthiopien, et la destitution des autres serviteurs, ceux-ci se courroucèrent et près de cinquante mille d’entre eux se rassemblèrent. Ils livrèrent alors bataille à l’armée du roi al-Nāṣir Ṣalāḥ al-Dīn entre les deux palais. Un grand nombre de combattants tombèrent des deux côtés. Al-ʿĀḍid observait la mêlée depuis le palais, tandis que, de là-haut, on jetait des pierres et décochait des flèches sur l’armée venue du Šām. Selon certains, cela se fit sur l’ordre d’al-ʿĀḍid ; selon d’autres, ce ne fut pas son ordre. Puis, le frère d’al-Nāṣir, Šams