Et cela eut lieu le lundi vingt-cinq Jumâdâ al-Âkhira de cette même année, un jour mémorable. L’armée partit au complet à son service, et seul ‘Ayn ad-Dawla al-Yârûqî ne les accompagna pas, déclarant : « Je ne servirai pas Yûsuf après Nûr ad-Dîn », puis il se dirigea avec son armée vers la Syrie. Nûr ad-Dîn le blâma pour cela.
Le roi Ṣalâḥ ad-Dîn demeura [en Égypte] en qualité de vice-roi pour le roi Nûr ad-Dîn ; son nom était invoqué dans les prônes (khuṭba) sur les chaires d’Égypte. Nûr ad-Dîn lui écrivait en l’appelant « l’émir al-Asfahlâr Ṣalâḥ ad-Dîn », tandis que Ṣalâḥ ad-Dîn faisait preuve d’humilité dans ses lettres et ses signatures. Mais les cœurs s’étaient déjà tournés vers lui, et les âmes s’étaient soumises ; quant à al-‘Âḍid, il fut persécuté à l’extrême durant le règne de Ṣalâḥ ad-Dîn. Ce dernier s’éleva considérablement aux yeux de la population dans ces régions ; il augmenta en outre les fiefs de ceux qui l’entouraient, si bien qu’ils l’aimèrent, le servirent et le respectèrent.
Nûr ad-Dîn lui envoya alors une lettre de reproche pour avoir accepté le poste de vizir sans son autorisation, et lui ordonna de faire établir le compte des revenus de l’Égypte, mais le « Naṣir » (Ṣalâḥ ad-Dîn) n’en tint pas compte. Durant ce temps, Nûr ad-Dîn disait : « Le pouvoir est entre les mains du fils d’Ayyûb. » Ṣalâḥ ad-Dîn demanda à Nûr ad-Dîn de lui envoyer sa famille, ses frères et ses proches ; ce qu’il fit, leur imposant d’obéir et de se soumettre à Ṣalâḥ ad-Dîn. De la sorte, son autorité se consolida en ce lieu ; son État se raffermit, sa puissance s’affermit et ses bases se fortifièrent.
Un poète composa alors à propos du meurtre par Ṣalâḥ ad-Dîn du vizir Shawar :
[du mètre at-ṭawîl]
« Heureuse soit l’Égypte d’avoir trouvé en Yûsuf son roi,
par une décision du Tout-Miséricordieux déjà décrétée.
Et que le fait pour Yûsuf d’avoir tué Shawar en ce pays
soit semblable à la façon dont Dâwud mit à mort Jâlût. »
Abû Shâma signale également : au cours de cette même année, al-‘Âḍid tua les fils de Shawar, à savoir : Shujâ‘, surnommé al-Kâmil, aṭ-Ṭârî, surnommé al-Mu‘aẓẓam, ainsi qu’un autre frère surnommé Fâris al-Muslimîn ; leurs têtes furent exhibées à travers les terres d’Égypte.