Asad ad-Dîn envoya un message au palais pour demander un secrétaire ; on lui dépêcha alors le qâdî (1) al-Fâḍil, [dans l’espoir qu’il serait mis à mort avec lui si la mort devait le frapper, conformément à ce qu’ils escomptaient] (2). Puis Asad ad-Dîn détacha des agents dans les provinces et octroya des iqtâ‘ (fiefs), il nomma des responsables (3) aux différents postes et se félicita de sa situation quelques jours durant. Cependant, son destin (la mort) le rattrapa le samedi 22 Jumâdâ al-Âkhirah de cette même année, et son autorité n’avait duré que deux mois et cinq jours (4).
Lorsque Asad ad-Dîn Shîrkûh – qu’Allah lui fasse miséricorde – s’éteignit, les émirs syriens conseillèrent au calife al-‘Âḍid de nommer Ṣalâḥ ad-Dîn Yûsuf au vizirat, à la suite de son oncle. Al-‘Âḍid le désigna donc vizir, l’honora d’une somptueuse robe de dignité et le gratifia du titre de « al-Malik an-Nâṣir » – qu’Allah lui fasse miséricorde.
La description de la robe que porta Ṣalâḥ ad-Dîn ce jour-là, d’après ce qu’en rapporte le shaykh Shihâb ad-Dîn dans « al-Rawḍatayn » (5) : un turban blanc tinnisî (6) à bord doré, une tunique dabeqî (7) brodée d’or, [une jubbah à ornement doré] (8), un ṭaylasân (cape) brodé d’or (9), un collier de perles d’une valeur de dix mille dinars, une épée ornée estimée à cinq mille dinars, un ḥijr (10) valant huit mille dinars, sur lequel était fixé un torque en or et un sarafsâr (11) doré incrusté de pierreries. Il comportait deux cents perles sur la partie supérieure, quatre colliers de perles à ses attaches, une tige en or à son extrémité ainsi qu’une šidda (12) blanche arborant des bannières blanches. En plus de cette robe d’honneur, il reçut plusieurs boîtes d’effets (13), des chevaux et d’autres présents. Le décret de nomination au vizirat était enroulé dans une pièce de soie atlas blanche.