Les musulmans se réjouirent de son arrivée parmi eux, et l’on mit en place pour eux des subsides. On leur fit parvenir présents et marques d’honneur. Les notables se rendirent au camp d’Asad ad-Dīn afin de le servir. Parmi ceux qui vinrent à sa rencontre au camp se trouvait, incognito, le calife al-ʿĀḍid, qui lui révéla des affaires d’importance, notamment le projet d’assassiner le vizir Shāwar, et ils convinrent de cette entreprise.
La considération dont jouissait l’émir Asad ad-Dīn en Égypte prit de l’ampleur, et le vizir Shāwar ne put rien y faire, tant l’armée d’Asad ad-Dīn était nombreuse. Toutefois, Shāwar se mit à tergiverser au sujet des engagements conclus en sa faveur et en celle du roi Nūr ad-Dīn, même s’il continuait à fréquenter l’émir Asad ad-Dīn et se déplaçait avec lui. Il voulut lui offrir une réception, mais ses partisans l’en dissuadèrent, craignant pour lui de la part de sa famille. Ils consultèrent Asad ad-Dīn quant à l’assassinat de Shāwar, mais celui-ci ne leur permit pas de le mettre à exécution.
Un jour, Shāwar se présenta chez Asad ad-Dīn, mais le trouva parti en visite au tombeau de l’imam al-Shāfiʿī, tandis que son neveu Ṣalāḥ ad-Dīn se trouvait sur place. Ṣalāḥ ad-Dīn ordonna alors l’arrestation de Shāwar, sans toutefois pouvoir le tuer avant d’avoir consulté son oncle Asad ad-Dīn. Les partisans de Shāwar s’enfuirent et en informèrent le calife al-ʿĀḍid, dans l’espoir qu’il enverrait quelqu’un le secourir. Or, al-ʿĀḍid dépêcha plutôt un messager auprès d’Asad ad-Dīn pour réclamer la tête de Shāwar. Celui-ci fut donc exécuté, et sa tête fut envoyée à al-ʿĀḍid le 17 Rabīʿ al-Ākhir. Les musulmans s’en réjouirent, et Asad ad-Dīn ordonna le pillage de la demeure de Shāwar, qui fut mise à sac.
Ensuite, Asad ad-Dīn Shīrkūh se rendit auprès d’al-ʿĀḍid, qui le nomma vizir, le revêtit d’une somptueuse robe d’honneur et lui conféra le titre de « al-Malik al-Munawwar ». Il s’installa dans la demeure de Shāwar et acquit une grande influence.
Ibn Abī Ṭayyiʿ raconte : « Lorsque Nūr ad-Dīn al-ʿĀdil apprit la conquête de l’Égypte, il s’en réjouit et les poètes vinrent lui présenter leurs félicitations. Toutefois, il ne fut pas pleinement satisfait qu’Asad ad-Dīn devînt le vizir d’al-ʿĀḍid ; il en alla de même lorsque la vizirat échoit ensuite à Ṣalāḥ ad-Dīn. Il entreprit alors d’œuvrer en secret à faire cesser cette situation, sans y parvenir ni pouvoir y remédier, surtout lorsqu’il apprit que Ṣalāḥ ad-Dīn s’était emparé des trésors d’al-ʿĀḍid, comme nous le détaillerons plus loin, si Dieu le veut. Et Dieu est plus savant. »