Puis, l’année cinq cent soixante-deux (562) débuta. En cette année, les Francs arrivèrent en immenses bataillons dans les territoires d’Égypte, soutenus par les Égyptiens, et ils exercèrent leur influence sur certaines régions. La nouvelle en parvint à Asad al-Dîn Shîrkûh (fils de Shâdhî), qui sollicita la permission du sultan Nûr al-Dîn de retourner en Égypte. (Il était alors très irrité contre le vizir Shâwar.) Le sultan l’y autorisa, et il s’y rendit au mois de Rabî‘ al-Âkhir, accompagné de son neveu Ṣalâḥ al-Dîn Yûsuf b. Ayyûb. Chacun pressentait qu’il s’emparerait du pays. À ce sujet, ‘Urqla, surnommé Ḥassân le poète, déclama (en mètre as-sarî‘) :
« Je dis, alors que les Turcs résolurent de marcher sur l’Égypte pour y combattre les Arabes.
Seigneur, de même que Tu l’as confiée à Yûsuf le Véridique, fils de Ya‘qûb,
accorde que, de nos jours, Yûsuf le Véridique, fils d’Ayyûb, en soit le souverain ;
lui qui n’a cessé de pourfendre les têtes et les jarrets de l’ennemi avec vaillance. »
Lorsque le vizir Shâwar eut vent de l’arrivée d’Asad al-Dîn (et de l’armée qui l’accompagnait), il manda les Francs, et ceux-ci affluèrent de toutes parts. Quand Asad al-Dîn en fut informé, alors même qu’il ne disposait que de deux mille cavaliers, il consulta les émirs qui se trouvaient à ses côtés. Tous lui conseillèrent de se retirer auprès de Nûr al-Dîn, compte tenu du grand nombre de Francs, à l’exception d’un seul émir, nommé Sharaf al-Dîn Bazghash, qui déclara : « Que celui qui redoute la captivité et la mort reste donc chez lui auprès de son épouse ; quant à celui qui a tiré profit des biens des musulmans, qu’il ne livre pas leurs terres à l’ennemi. » Son neveu, Ṣalâḥ al-Dîn Yûsuf b. Najm al-Dîn Ayyûb b. Shâdhî, formula une opinion similaire. Dieu raffermit leur décision : ils firent alors route vers les Francs et engagèrent un combat acharné. Ils défirent les Francs, les mirent en fuite et en tuèrent un grand nombre que Seul Dieu connaît. À Lui reviennent la louange et la grâce en toute circonstance.