Il fut convenu (1) que Nur ad-Din recevrait un tiers des revenus. Il envoya alors une armée commandée par Asad ad-Dîn Shîrkûh ibn Shâdhî. Lorsque ces troupes pénétrèrent en Égypte, l’armée qui s’y trouvait sortit à leur rencontre et la bataille fut extrêmement violente. Asad ad-Dîn les vainquit, tua un grand nombre d’entre eux et mit (2) à mort Darghâm ibn Suwwâr. (3) Sa tête fut exhibée à travers le pays.
Shâwar s’établit alors solidement dans le vizirat et affermit sa position. Par la suite, al-‘Âdid et Shâwar conclurent une entente contre Asad ad-Dîn, tandis que Shâwar (4) renia l’accord qu’il avait fait avec Nur ad-Dîn. Il enjoignit Asad ad-Dîn de se retirer, mais celui-ci n’obtempéra pas, dévasta le pays, s’empara de nombreux biens et conquit plusieurs localités, notamment dans la région orientale. Shâwar fit alors appel à un roi franc stationné à ‘Asqalân, du nom de Mârî, qui arriva (5) avec une troupe nombreuse, contraignant Asad ad-Dîn à se replier vers Bilbays. Il la fortifia, la pourvut en armes et en matériel, et y tint tête à un siège de huit mois. Asad ad-Dîn et ses hommes résistèrent avec la plus grande fermeté.
Tandis qu’ils en étaient à ce point, la nouvelle parvint que le roi Nur ad-Dîn avait profité de l’absence des Francs pour envoyer (6) son armée sur leur territoire, où beaucoup d’entre eux furent tués. Il conquit Hârim, y massacra un grand nombre de Francs, puis se dirigea sur Bâniyâs ; [la puissance des Francs en Égypte s’en trouva affaiblie, et ils sollicitèrent] (7) une trêve auprès d’Asad ad-Dîn (8), qu’il accepta. Asad ad-Dîn reçut de Shâwar soixante mille dinars, puis lui et son armée quittèrent (9) l’Égypte en direction de la Syrie au mois de Dhu al-Hijja de la même année.
[La bataille de Hârim]
[La conquête de Hârim] (10) se produisit durant le ramadan de cette année-là. Nur ad-Dîn avait en effet fait appel (11) aux armées musulmanes, venues de toutes parts (12) pour se venger des Francs. Il les rencontra à Tall Hârim et leur infligea une cuisante défaite, capturant le « barons Baymund » (al-Barans Bîmandh), seigneur d’Antioche, ainsi que le comte, seigneur de Tripoli (al-Qumus) (13).