Que t’en coûterait-il de m’abuser un instant… dans notre union (1) par une promesse impossible ?
Je t’aime alors que tu es la part d’un autre… ô ma meurtrière (2), que puis-je faire ?
Les jours de mon tourment à ton sujet (3) sont si sombres… comme ils ressemblent aux nuits.
Les censeurs me blâment à propos de toi, m’exhortant à renoncer à ton amour : qu’ont-ils à voir avec moi et moi avec eux ?
Ô toi qui m’enjoins de l’oublier… c’est moi qui suis l’amant passionné, tandis que toi, tu demeures indifférente.
Dire que je devrais la quitter est juste… qu’il serait beau de pouvoir y parvenir (4) !
J’ai répudié ma constance par trois fois… or l’ardeur amoureuse demeure encore dans mon esprit (5).
Puis vint l’année cinq cent cinquante-neuf (559) de l’Hégire. Cette année-là, Shâwar ibn Mudjîr (6), Abû Shudjâ‘ as-Sa‘dî, surnommé « Amîr al-Djuyûsh », arriva. Il était alors ministre (vizir) des provinces égyptiennes après la famille de Ruzzîk. Lorsque le nâsir Ruzzîk [ibn Ṭalâ’i‘] (7) fut tué, Shâwar assuma la fonction de vizir à sa suite et affermit considérablement son pouvoir. Mais un émir nommé aḍ-Ḍurghâm ibn Suwwâr (8) se souleva contre lui, rassembla pour ce faire d’importantes troupes, triompha de lui, et tua ses deux fils, Ṭayy (9) et Sulaymân. Il fit prisonnier le troisième, al-Kâmil ibn Shâwar, puis l’enferma sans le mettre à mort, en souvenir d’une bienveillance antérieure que son père avait eue à son égard.
Par la suite, aḍ-Ḍurghâm fut investi du vizirat et reçut le titre d’al-Manṣûr. Shâwar quitta alors l’Égypte, fuyant al-‘Âḍid et aḍ-Ḍurghâm, et se réfugia auprès de Nûr ad-Dîn Mahmûd [qui lui octroya le pavillon du Maydân al-Akhdar et le combla de faveurs] (10). Shâwar sollicita de lui des troupes qui pussent l’accompagner afin de s’emparer du territoire égyptien.