Ils combattirent alors le seigneur de Marrakech, ʿAlî Ibn Yûsuf Ibn Tâchfîn, roi des Almoravides. ʿAbd al-Mu’min s’empara d’Oran, de Tlemcen, de Fès, de Salé et de Ceuta; puis il assiégea Marrakech pendant onze mois, avant de la conquérir en l’an 542 de l’Hégire. Les royaumes lui furent aussitôt soumis, et le temps lui devint favorable. Il était sensé et déterminé, d’un maintien imposant, d’une belle apparence et porté au bien. [Il mourut en l’an 558, après trente-trois ans de règne.] Il se faisait appeler « Amîr al-Mu’minîn » (Commandeur des croyants).
Ţalḥa Ibn ʿAlî Ibn Ṭarâd, Abû Aḥmad al-Zaynabî, Nâqib al-Nuqqabâ’ (chef des chefs), mourut subitement – qu’Allah lui fasse miséricorde. Après lui, la fonction de nâqib revint à son fils Abû al-Ḥasan ʿAlî, qui était imberbe; il fut ensuite destitué [cette année-là] et frappé de confiscation.
Muḥammad Ibn ʿAbd al-Karîm Ibn Ibrâhîm [Ibn ʿAbd al-Karîm], Abû ʿAbd Allâh, connu sous le nom d’Ibn al-Anbârî, fut le secrétaire chargé de la rédaction (al-inshâ’) à Bagdad. C’était un cheikh d’un abord agréable et plein d’esprit. Il se distingua dans l’art de la composition et fut envoyé en ambassade auprès du roi Sanjar et d’autres, servant tour à tour rois et califes. Ayant frôlé les quatre-vingt-dix ans, il laissa, entre autres, quelques vers adressés à ceux qui aiment ce monde et les apparences. Parmi ses poèmes dans le mètre Mukhallaʿ al-Basîṭ, il dit :
« Ô toi qui m’as quittée, tu n’en as cure…
Verra-t-on revenir le temps de l’union ?
Je n’ose espérer, ô tourment de mon cœur,
Que mon esprit s’épanouisse dans ton amour.
Mes yeux, tels que tu les connais, sont en larmes,
Et mon corps, comme tu le vois, est épuisé. »