‘Abd al-Mu’min était un homme ferme, courageux, généreux et grand vénérateur de la Loi religieuse. À son époque (1), quiconque ne préservait pas la prière était mis à mort. [Lorsque le muezzin lançait l’appel, et même avant celui-ci, la foule se pressait déjà dans les mosquées. Il priait avec quiétude et un grand recueillement, mais (2) il n’en demeurait pas moins sanguinaire, jusqu’à verser le sang pour la plus petite faute. Son sort est désormais dans les mains de Dieu, qui jugera de sa situation comme Il l’entend.]
Cette année-là, le roi Sayf al-Dīn (3) Muḥammad ibn ‘Alā’ al-Dīn al-Ghūrī fut tué par les Ghuzz. Il était pourtant un souverain juste.
La même année, les Francs attaquèrent Nūr al-Dīn et son armée, si bien que les musulmans furent défaits sans que personne ne s’occupe plus de son compagnon. Le roi Nūr al-Dīn se releva alors et enfourcha son cheval avec la chaîne (4) encore attachée à son pied. Un homme kurde descendit de sa propre monture pour couper la chaîne (5), permettant ainsi au sultan Nūr al-Dīn de s’enfuir. Les Francs rattrapèrent ce Kurde et le mirent à mort — qu’Allah lui fasse miséricorde. Nūr al-Dīn traita sa descendance avec bienveillance et n’oublia jamais ce bienfait.
Cette année encore, le calife ordonna que les Banū Asad fussent expulsés de al-Ḥilla et que l’on tuât quiconque d’entre eux y demeurait, en raison de leurs méfaits, de leur correspondance avec le sultan Muḥammad Shāh et de l’incitation qu’ils lui adressaient pour assiéger Bagdad. Quatre mille membres de Banū Asad furent alors exécutés, et le reste dut quitter la ville. Les délégués du calife prirent possession de la Ḥilla al-Mazīdiyya. Au cours de la même année, l’émir Bazghash al-Kabīr (6) dirigea le pèlerinage.
Parmi les notables décédés cette année se trouvait le grand sultan Abū Muḥammad ‘Abd al-Mu’min ibn ‘Alī al-Qaysī al-Kūmī (7), disciple d’Ibn Tūmart (8). Son père travaillait dans la terre en tant que simple manœuvre (9). Lorsque Ibn Tūmart porta son regard sur lui, il l’apprécia et y discerna un homme à la fois brave et promis au succès. Il le garda auprès de lui et le fit grandir en importance, tandis que se ralliaient à lui les armées qu’Ibn Tūmart avait levées parmi les Maṣāmida et d’autres (10).