Dieu n’a pas voulu autre chose que le temps nous soit asservi et que, dans notre royauté, le commandement et l’interdiction nous servent (1). Nous savons que la richesse, même lorsqu’elle se compte par milliers, s’épuise, tandis qu’il nous reste ensuite la récompense et la renommée. Nous avons mêlé la générosité à la vaillance (2), au point qu’on dirait un nuage qui réunit l’éclair, le tonnerre et la pluie (3).
Il composa également, trois nuits avant sa mort (4), dans la métrique du khafîf :
« Nous sommes dans l’insouciance et le sommeil, alors que la mort a des yeux toujours éveillés qui ne se ferment jamais.
Nous nous sommes engagés depuis des années sur la route du trépas ; si seulement je savais quand viendra ce trépas ! »
Puis il fut assassiné en plein jour par les serviteurs d’al-ʿĀḍid, alors qu’il avait soixante et un ans, et la fonction de vizir fut confiée à son fils al-ʿĀdil. ʿUmāra al-Yamanī (5) le pleura dans de belles élégies (6).
Le jour (7) où l’on transféra son corps [depuis le palais ministériel] (8) vers sa sépulture dans la Qarāfa, al-ʿĀḍid l’accompagna jusqu’à sa tombe et l’enterra dans le cercueil.
Le cadi Ibn Khallikān rapporte : « Le faqîh ʿUmāra composa alors un long poème (9) qu’il réussit fort bien. Il dit notamment, à propos de ce cercueil (mètre al-kâmil) (10) :
“On dirait le coffret de Moïse : en ses flancs
séjournent la quiétude et la dignité.” »
Et, dans le même temps, la tribu des Banū Khafāja infligea aux habitants de Koufa une lourde défaite, tuant nombre d’entre eux (11), parmi lesquels l’émir Qaysar, et blessant grièvement l’émir du pèlerinage Bazghach. Le vizir du califat, ʿAwn ad-Dīn Ibn Hubayra, marcha alors contre eux à la tête d’une armée nombreuse et les poursuivit loin dans le désert, si bien qu’ils en vinrent à demander grâce.