À partir de cette même année (1), quelques jours avant sa mort, il ordonna que tout ce qu’il possédait et tout ce dont il avait la maîtrise lui soit présenté, tandis qu’il était assis dans le pavillon (la « manẓara »). L’armée au complet se mit alors en marche, et l’on apporta devant lui tous ses biens, ses serviteurs, jusqu’à ses concubines et ses favorites. Il se mit à pleurer et déclara : « Cette armée ne saurait me protéger ne serait-ce que du poids d’une once (2), ni prolonger mon existence d’un seul instant. » Il regretta ensuite et se désola de ce qu’il avait infligé au calife al-Muqtafī et aux habitants de Bagdad, qu’il avait assiégés et durement traités.
Puis il déclara : « Si l’Ange de la Mort voulait bien accepter en rançon ces trésors, ces biens et ces joyaux, je les lui donnerais volontiers ; et s’il acceptait en rançon ces favorites, ces belles concubines et ces serviteurs, je consentirais tout aussi facilement. » Il récita alors : « “Ma fortune ne m’a servi de rien ; mon pouvoir est anéanti.” » (Coran, Al-Ḥāqqa, 28-29) Il distribua ensuite une grande partie (3) de ces dépôts et de ces biens (4). Il mourut en laissant derrière lui un jeune enfant (5).
Les troupes et les émirs se rallièrent alors à son oncle Sulaymān Shāh, fils de Muḥammad ibn Malikshāh, qui se trouvait emprisonné à Mossoul ; on le libéra (6) et on lui conféra la souveraineté (7). On prononça le sermon (khutba) en son nom sur les chaires (minbars) de toutes ces contrées, à l’exception de Bagdad et de l’Irak. Et Dieu – Exalté soit-Il – sait mieux (8).
Puis commença l’année cinq cent cinquante-cinq (de l’Hégire)(9). Il y eut alors la mort du calife al-Muqtafī (10) et l’avènement d’al-Mustan jid (11). Durant cette année s’éteignit l’émir des croyants, le calife al-Muqtafī bi-Amr Allāh, Abū ʿAbd Allāh Muḥammad ibn al-Mustaẓhir bi-Llāh (12).