Yahyā ibn Salāma ibn [al-Ḥusayn ibn Muḥammad] (1), Abū al-Faḍl aš-Šāfiʿī al-Ḥaṣkafī (2) – ainsi nommé en référence à Ḥiṣn Kayfā – fut un imam versé dans de nombreuses disciplines, qu’il s’agisse du fiqh ou des belles-lettres. Il composait aussi bien en vers qu’en prose, mais on l’accuse d’excès dans son attachement au chiisme.
Ibn al-Jawzī (3) rapporte un fragment de ses poésies, notamment ces vers extraits d’une pièce (4) écrite sur le mètre rajaz (5) :
« Ils se sont partagé mon foie le jour des adieux…
Depuis qu’ils se sont éloignés, je n’ai plus de foie.
Sur mes paupières ils ont fait halte, et dans mon for intérieur ils se sont installés ;
Ils ont puisé dans l’eau de mes yeux.
Mes larmes sont répandues, mon foie est meurtri ;
Ma soif reste ardente, elle ne se rafraîchit point.
Mon émoi demeure, mes yeux sont en sang ;
Quant à leur sommeil, il fuit et se disperse.
Je suis épris d’un gracieux faon parmi eux ;
Que j’aime ce gracieux faon !
Son sabre est dégainé, son palais est orné de marbre,
Et sa joue est délicieusement rosée.
Sa tempe, au-dessus du rouge de sa joue,
Est ondoyante, pareille à un serpent, recourbée et bouclée.
On dirait que son haleine et sa salive mêlent musc et vin,
Et ses dents paraissent être de la glace.
Son flanc l’assied quand il se lève ;
Celui qui habite mon cœur m’immobilise.
Son port est celui d’une tige de peuplier qui ondule harmonieusement,
Sans la moindre inclinaison. »
Ce poème est fort long. L’auteur passe ensuite de ce registre amoureux à des éloges en l’honneur de la Famille du Prophète (Ahl al-Bayt) et des Douze Imams, où il déclare :