Dans cette même période, on conquit l’Irak, et tout ce que Souleïmân Chah saisit du Khorasan lui fut attribué. Ensuite, le prêche fut prononcé en son nom à Bagdad après le règne du roi Sanjar, puis il quitta la ville au mois de Rabî‘ al-Awwal. Il livra alors bataille contre le sultan Muḥammad ibn Maḥmûd ibn Malikshâh : Muḥammad (1) le vainquit et mit son armée en déroute, si bien qu’il s’enfuit (2). Il se retrouva face au lieutenant de Quṭb ad-Dîn Mûdûd ibn Zankî, souverain de Mossoul, qui le captura et l’emprisonna dans la citadelle de Mossoul ; toutefois, il l’honora et le traita avec bienveillance durant sa détention. Ce fut l’un des plus étonnants concours de circonstances.
Cette année-là, les Francs s’emparèrent d’al-Mahdiyya, au Maghreb, après un long et dur siège.
La même année, Nûr ad-Dîn Maḥmûd ibn Zankî conquit la forteresse de Tal Ḥârim, l’arrachant aux Francs. C’était l’une des citadelles les plus solides et l’un des endroits les plus difficiles d’accès. Il s’en empara après un combat acharné et une bataille redoutable, qui compta parmi les grandes victoires. Les poètes (3) n’hésitèrent d’ailleurs pas à le louer à cette occasion.
Cette même année également, le roi Sanjar s’échappa (4) de la captivité des Ghuzz et regagna son royaume à Marw, où il était retenu depuis près de cinq ans.
Par ailleurs, le roi ‘Abd al-Mu’min, souverain du Maghreb, confia ses territoires à ses fils, déléguant à chacun (5) une grande région.
[Au sujet du siège de Bagdad]
La cause en fut que le sultan Muḥammad ibn Maḥmûd ibn Muḥammad ibn Malikshâh envoya un émissaire au calife al-Muqtafî bi-Amr Allâh, lui demandant (6) de faire prononcer la khuṭba en son nom à Bagdad. Le calife ne s’y étant pas résolu, le sultan partit de Hamadhân pour assiéger la ville. Les habitants prirent la fuite, et le calife fortifia Bagdad. Le sultan Muḥammad arriva et encercla la cité. Il se posta face au quartier royal de la Demeure du califat avec une puissante armée, et on lui décocha des flèches (7). Les gens du commun combattirent farouchement aux côtés du calife au moyen de naphte et d’autres armes ; les combats se prolongèrent un certain temps (8). Tandis que la situation se prolongeait, le sultan apprit que son frère (9), resté à Hamadhân, prenait des mesures contre lui, ce qui le contraignit à lever le siège de Bagdad.