Les habitants de cette ville le prièrent de partir (1), car ils avaient péri entre les deux armées (2). Il exauça leur demande et s’en alla (3), puis il revint à Bagdad après deux mois et demi.
Ensuite, il se dirigea vers al-Hilla et Koufa, avec l’armée devant lui. Suleiman Shah lui déclara : « Je suis l’héritier (wali ‘ahd) de Sanjar. Si tu m’accordes (4) cela, sinon je ne serai qu’un émir parmi d’autres. » Il lui promit son appui. Suleiman Shah portait le dais (5) devant le calife, sur ses propres épaules. Il installa solidement le pouvoir et affermit la situation (6). Il salua le mausolée d’Ali (qu’on nomme “le Machhad ‘Alî”) d’un signe de la main (7), ayant décidé de pénétrer dans le sanctuaire, mais le vizir Ibn Hubayra l’en dissuada, craignant peut-être pour lui la perfidie des Rawâfid (les chiites), ou qu’il ne se fasse une conviction erronée à propos de la tombe, ou pour une autre raison (8). Dieu sait mieux.
[La conquête de Baalbek par Nur ad-Din le martyr]
La même année, Nur ad-Din reprit Baalbek, y retournant comme au début : en effet, Najm ad-Din Ayyoub était gouverneur (9) de la région et de la forteresse, et il la remit à un certain Dahhâk al-Biqâ‘î. Ce dernier s’en empara, puis prit contact (10) avec Najm ad-Din en vue de Nur ad-Din. Il continua à user de tact et de ruse jusqu’à s’emparer de la citadelle. Il invita ensuite Najm ad-Din Ayyoub à le rejoindre à Damas, où il lui attribua un domaine foncier en guise de fief et l’honora à cause de son frère Asad ad-Dîn, lequel avait joué un rôle décisif dans la conquête de Damas au profit du roi juste, Nur ad-Din. L’émir Shams ad-Dawla Turân Shâh (11), fils de Najm ad-Din, fut alors nommé gouverneur militaire (shihna) de Damas, puis ce fut son frère, Salâh ad-Dîn Youssouf, qui le devint, et il le compta parmi ses proches, ne s’en séparant ni en résidence ni en campagne. En effet, il était bel homme et doué pour le jeu de balle (polo), un divertissement que Nur ad-Din affectionnait pour entraîner ses chevaux et leur enseigner la charge et la retraite au combat.