Ils le mirent à leur tête et le surnommèrent « al-Fâ’iz » (le victorieux). Le calife écrivit alors un acte d’investiture au roi Nūr ad-Dīn Maḥmūd ibn Zankī pour l’autorité sur les territoires syriens (1) et les régions égyptiennes, et le lui envoya (2).
La même année, un vent violent souffla après la prière du soir, accompagné de flammes, si bien que les gens crurent que l’Heure était venue. La terre trembla, et l’eau du Tigre se teignit de rouge. Dans la région de Wāsiṭ, du sang apparut sur le sol, sans que l’on en connût la cause (3). On apprit aussi que le roi Sanjar était tenu captif par les Turcs, dans une immense humiliation et un grand déshonneur (4), au point qu’il pleurait sur son sort à chaque instant.
Cette même année, le roi Nūr ad-Dīn Maḥmūd ibn Zankī s’empara de Damas [des] mains de son souverain, Mujīr ad-Dīn (5) Abiq ibn Muḥammad ibn Būrī ibn Ṭuġtikin, en raison de la mauvaise conduite de ce dernier, de la faiblesse de son pouvoir, et parce que la population l’assiégea plusieurs fois dans la citadelle, aux côtés de son vizir, le grand chambellan Mu’ayyid ad-Dawla ‘Alī ibn aṣ-Ṣūfī. De plus, le serviteur ‘Aṭā’ s’était emparé du gouvernement par l’injustice et la tyrannie. Ainsi, les habitants invoquaient nuit et jour Dieu pour qu’Il le remplace par le règne de Nūr ad-Dīn. [Ce dernier envoya alors devant lui l’émir Asad ad-Dīn Shīrkūh à la tête de mille cavaliers, sous prétexte de négocier la paix. Pourtant, Mujīr ad-Dīn ne lui prêta aucune attention, ne le considéra pas et aucun notable de la ville ne sortit à sa rencontre. Shīrkūh écrivit donc à Nūr ad-Dīn pour l’informer de ce qui s’était passé] (6).
Entre-temps, les Francs s’emparèrent de la ville d’Ascalon, ce qui causa une grande affliction au roi Nūr ad-Dīn. Il ne pouvait se rendre jusque-là, car Damas se trouvait entre lui et eux (7). Il craignait également qu’en assiégeant Damas de force, son souverain ne fasse appel aux Francs qui l’abandonneraient alors (9), comme cela s’était déjà produit plus d’une fois. En effet, les Francs refusaient que Nūr ad-Dīn pût régner sur Damas, car il en tirerait une force supplémentaire contre eux et ils ne pourraient plus jamais le supporter (10, 11). Aussi, le roi Nūr ad-Dīn se mit-il en route avec son armée et campa à ‘Uyūn al-Fāsariyya (12), dans la région