Ils furent façonnés par la bassesse de caractère, si bien que le meilleur d’entre eux… si tu parles, il rétorque, et si tu te tais, il invente ce que tu n’as pas dit.
Ibn ‘Asākir (1) rapporta, selon sa chaîne de transmission, que l’un d’entre eux le vit après sa mort en songe, dans un mauvais état, avec une odeur repoussante. Celui-ci dit : « Sais-tu ce qui m’est arrivé à cause de ces poèmes que je composais ? Ma langue a grandi et s’est épaissie, s’étendant à perte de vue. Chaque fois que je récitais l’un de ces poèmes, il se transformait en crochet qui s’accrochait à ma langue. » Le narrateur du songe ajouta : « J’entendis alors un récitant dire au-dessus de sa tête : “Ils auront, au-dessus d’eux, des couches de feu et, au-dessous d’eux, des couches de feu” (Az-Zumar, 16). Je me suis aussitôt réveillé, pris de terreur. »
‘Alī ibn as-Sallār (2), surnommé “al-‘Adil” (le Juste), était le vizir d’adh-Dhāfir (3), souverain d’Égypte. C’est lui qui bâtit à Alexandrie l’école shaféite destinée à l’érudit Abū Tāhir as-Silafī – que Dieu lui fasse miséricorde. Cependant, ce “Juste” était tout le contraire de son surnom : il était oppresseur, violent et impitoyable, comme le rapporte Ibn Khallikān (4).
[Ensuite arriva l’année cinq cent quarante-neuf (de l’Hégire)] : cette année-là, le calife al-Muqtafī partit à la tête d’une grande armée en direction de Tikrīt, dont il assiégea la citadelle. [Il y rencontra] (5) un rassemblement de Turcs et de Turkmènes, et Dieu (6) lui donna la victoire sur eux, [les mettant en déroute pour lui et élevant sa parole au-dessus de la leur] (7). Puis il retourna à Bagdad [soutenu et victorieux] (8).
[Lorsque le sultan Nūr ad-Dīn le Martyr s’empara de Damas] (9), on apprit que le calife adh-Dhāfir avait été tué en Égypte. Il ne subsistait alors parmi eux qu’un jeune enfant de cinq ans (10)