Dans cette année, le sultan Sandjar livra bataille au roi du Ghour, ‘Alâ’ ad-Dîn al-Husayn ibn al-Husayn (1), premier de leurs rois. Sandjar le vainquit et le fit prisonnier. Lorsqu’il fut amené en sa présence, il lui demanda : « Qu’aurais-tu fait de moi si tu m’avais capturé ? » Il sortit alors un carcan en argent et répondit : « Je t’aurais enchaîné avec ceci. » Sandjar le gracia, puis le laissa retourner dans ses terres. Alors ‘Alâ’ ad-Dîn se rendit à Ghazna, qu’il arracha des mains de son maître, Bahrâm Shâh as-Subuktekînî. Il y établit son frère Saïf ad-Dîn comme gouverneur, mais les habitants de la ville le trahirent et le livrèrent à Bahrâm Shâh, qui le mit en croix. Peu de temps après, Bahrâm Shâh mourut ; ‘Alâ’ ad-Dîn marcha de nouveau contre la ville, et Khusraw fils de Bahrâm Shâh s’en enfuit. ‘Alâ’ ad-Dîn y pénétra, la pilla pendant trois jours, tua un grand nombre de ses habitants (2) et réduisit le reste en servitude. Il leur fit transporter de la terre dans des sacs (3) jusqu’à un quartier situé assez loin de la ville, et à partir de cette terre, il bâtit une citadelle encore connue de nos jours. Ainsi prit fin (4) la dynastie des Banou Subuktekîn dans les régions de Ghazna et d’autres contrées.
Le début de leur règne remontait à l’an 366 de l’Hégire et il dura jusqu’en l’an 547. Ils furent parmi les meilleurs rois, les plus ardents dans le jihâd contre les mécréants, et les plus riches en biens, en femmes, en soldats et en armes. Ils brisèrent les idoles, anéantirent les infidèles et amassèrent plus de richesses que tout autre roi. Leurs terres figuraient pourtant parmi les plus prospères et les plus fertiles, regorgeant de ressources et d’eaux. Mais tout cela prit fin et leur fut retiré. « Dis : “Ô Dieu, Maître de la royauté ! Tu donnes la royauté à qui Tu veux et Tu l’arraches à qui Tu veux ; Tu honores qui Tu veux et Tu humilies qui Tu veux. Le bien est dans Ta main et Tu es certes, Puissant sur toute chose.” » [Al ‘Imrân : 26].
Ensuite, le Ghour régna sur l’Inde et le Khorassan ; ses domaines s’élargirent et sa puissance s’accrut. Ibn al-Jawzî rapporte dans son ouvrage « Al-Muntaẓam » (5) qu’au cours de cette même année, un coq aurait pondu un œuf unique, un faucon deux œufs, et une autruche qui n’avait pas de mâle aurait pondu également. Voilà qui est fort étonnant.
Parmi les notables décédés cette année-là se trouve al-Muẓaffar ibn Ardashîr Abû Manṣûr al-‘Abbâdî (6), le prédicateur. Il avait entendu des ḥadîths et s’était rendu à Bagdad, où il donna des séances de transmission et prononça des sermons. Il avait l’habitude d’écrire ce qu’il prêchait aux gens, faisant ainsi réunir ce matériau en plusieurs volumes (7).