Cheikh de la langue en son temps, il exerça la fonction de cheikh en sciences linguistiques à la Nizamiyya après son maître Abou Zakariyya at-Tabrizi (1) pendant un certain temps. Il dirigeait la prière pour (2) al-Muqtafi, et il arrivait que le calife lui lise quelques passages d’ouvrages. C’était un homme sensé, humble dans sa mise, peu loquace et porté à la réflexion. Il avait, les vendredis, un cercle d’enseignement dans la mosquée du palais. Il souffrait d’un léger défaut de prononciation. À ses côtés se tenait al-Maghrebi, l’interprète des songes. C’était un homme érudit, mais qui somnolait souvent pendant ses séances, si bien qu’un littérateur composa à son sujet (3) ces vers (de la métrique al-kamil) :
« Baghdad, à mes yeux, son péché est impardonnable…
Et ses défauts, mis au grand jour, ne sauraient être voilés.
Le fait qu’al-Jawaliqi y dicte la langue,
Et que le Maghribi y interprète les rêves.
Captif de son défaut d’élocution, il énonce pourtant l’éloquence ;
Et tel un dormeur dans sa vigilance, il interprète en plein songe. »
[Ensuite débuta l’année 541 de l’Hégire.]
Dans la nuit du premier jour (4) de Rabi‘ al-Awwal (5) de cette année, le palais édifié par al-Mustarshid prit feu. Il était d’une grande splendeur. Le calife al-Muqtafi s’y était installé, avec ses concubines et ses favorites, (6) pour y demeurer trois jours. À peine s’étaient-ils endormis que le sinistre se déclara : une servante tenait une bougie et la flamme atteignit un morceau de bois, embrasant aussitôt le palais. Dieu préserva le calife et sa famille. Au matin, celui-ci fit de nombreux dons en aumône et libéra plusieurs détenus.
Au mois de Rajab de la même année (7), il survint un différend entre le calife et (8) le sultan Mas‘oud. Le calife envoya alors fermer les mosquées pendant trois jours, jusqu’à ce qu’ils parviennent à s’entendre.
Le vendredi, à la moitié de (9) Dhou al-Qa‘da, Ibn al-‘Abbadi (10), le prédicateur, prit la parole, tandis que le sultan Mas‘oud assistait à la séance.