Ceci l’informa de la gravité de la situation et de l’importance du péril auquel il s’exposait (1), et il lui ordonna de ramener le calife [à la place de sa gloire] (2) et dans la demeure de son califat. Le roi Masʿoud se conforma à cet ordre : on érigea pour le calife un grand pavillon et on installa pour lui une coupole imposante, sous laquelle se trouvait un trône majestueux. On l’habilla de noir selon son habitude (3), et on le fit monter sur l’une de ses montures habituelles. Le roi Masʿoud arriva, baisa le sol devant lui et tint la bride du cheval, marchant à son service, tandis que l’armée tout entière avançait à pied (4). Le roi poursuivit sa marche jusqu’à installer le calife sur son trône. Alors, le roi Masʿoud se tint debout, [baisa le sol] (5) devant lui, et le calife lui octroya une robe d’honneur.
On amena ensuite Dubays, ligoté (6), encadré à sa droite et à sa gauche par deux émirs, tandis qu’un sabre nu et une lanière blanche étaient dressés. Il fut déposé devant le calife pour que celui-ci statue à son sujet et apaise son cœur. Le sultan s’avança pour intercéder (7) en faveur de Dubays, qui était à terre en disant : « Ô Commandeur des croyants, accorde-moi ta grâce, j’ai commis une erreur, et la grâce est d’autant plus belle lorsque l’on détient le pouvoir. » Le calife ordonna alors de le libérer, en disant : « “Il n’y aura pas de reproche contre vous aujourd’hui ; qu’Allah vous pardonne” » [Youssouf : 92]. Dubays se releva, sollicita l’autorisation de baiser la main du calife, et, l’ayant obtenue, il l’embrassa avant de la passer sur son visage (8) et sur sa poitrine. Il implora alors le pardon pour ce qu’il avait commis (9). L’affaire fut ainsi conclue (10), et cette nouvelle se répandit (11) au loin. Les gens s’en réjouirent, le calme revint dans les cœurs (12).
Au début de Dhou al-Hidjdja, des messagers arrivèrent de la part du roi Sandjar auprès de son neveu, l’enjoignant d’honorer le calife, [de se hâter à le renvoyer rapidement dans sa patrie, et ils dépêchèrent une armée au service du calife] (13) jusqu’à Bagdad. Dix individus parmi les bāṭinites se joignirent à l’armée ; on dit qu’ils l’avaient fait sans que quiconque ne s’en aperçoive ; d’autres affirment, au contraire, qu’ils étaient bien équipés. Allah en sait mieux la vérité. Toujours est-il que, lorsqu’ils arrivèrent sur place, ils se jetèrent sur le calife dans sa tente et l’y assassinèrent.