Il avait le don de la conversation plaisante ; ses ouvrages circulèrent à travers les contrées de son vivant, et les gens en tirèrent profit après sa mort. Il ne suivait pas la méthode des spécialistes du ḥadith consistant à rechercher les chaînes de transmission les plus élevées et à distinguer les chaînes de transmission élevées des chaînes basses, ni leurs autres méthodes. Il faisait plutôt partie des juristes portés sur le ḥadith. Il composa cependant un abrégé du livre d’Ibn al-Ṣalāḥ, dans lequel il apporta plusieurs points bénéfiques.
Al-Suyūṭī répond à Ibn Ḥajar au sujet de cette remarque, perçue comme une atteinte au statut d’Ibn Kathīr en tant que spécialiste du ḥadith. Dans son Addendum à la “Tadhkira” (p. 261), il déclare : « La base de la science de l’exégèse consiste à connaître les ḥadiths authentiques et faibles, leurs défaillances, la diversité de leurs chaînes de transmission, ainsi que leurs rapporteurs, en tenant compte de la critique et de la validation. Quant au fait de chercher des chaînes élevées ou moins élevées, et ce qui s’y rattache, cela relève des compléments, non des principes importants. »
B – Sa position sociale
Son lien avec le gouverneur (Nâʼib al-Salṭana) était tout naturel, puisqu’il occupait la fonction de mufti, d’enseignant et d’historien, ce qui lui conférait un statut social éminent et respecté. Il était invité à participer aux cercles de savoir et d’arbitrage, afin de trancher dans des questions scientifiques délicates, et à assister aux réconciliations publiques. Il entretenait aussi une relation directe avec les dirigeants qui exerçaient la vice-royauté à Damas. Ainsi lit-on dans “al-Bidāya wa-l-Nihāya” (16/427), à propos des événements de l’année 763 H. : « Le deuxième jour de Muḥarram, le lieutenant du sultan, ʿAlāʼ al-Dīn al-Mārdānī, revint après une absence d’environ quinze jours, ayant semé l’effroi dans les territoires de Frayr. Il s’empara d’un groupe de leurs chefs et les jeta en prison. La rumeur voulait qu’il se fût rendu auprès des tribus al-Mawāsīn dans la région de ʿAjlūn. Je l’interrogeai à ce sujet lors de ma visite pour le saluer ; il m’informa qu’il n’avait pas dépassé les environs de Frayr, et que les tribus s’étaient réconciliées et mises d’accord, tandis que la troupe envoyée à leur rencontre y séjournait encore. »
Nous avons déjà mentionné qu’il avait rédigé la biographie de Mankalī Baghā, lieutenant du sultan à Damas, décédé en l’an 770 H., et que ce dernier traitait Ibn Kathīr avec égards et considération. Il a également laissé une épître sur le jihād, adressée à l’émir Manjak, lorsque celui-ci reprit le pouvoir pour la deuxième fois (771 – 775 H.).
Sa présence aux assemblées des grands savants est avérée. Quiconque suit les événements depuis l’année 730 H. verra qu’Ibn Kathīr assistait aux réunions des ulémas et participait à la vie publique, notamment lors de situations d’arbitrage ou de différends. Il l’indique lui-même dans “al-Bidāya wa-l-Nihāya” (16/451), en relatant les événements de l’année 765 H. : « Le quatorzième jour de Jumādā al-Ākhira, on tint à Dār al-Saʿāda une grande assemblée qui réunit les quatre juges et plusieurs muftis. J’y fus convoqué et m’y présentai avec eux. On y traita de la madrasa al-Tadmuriyya, de la part léguée par son fondateur, et de leur revendication selon laquelle un tiers leur aurait été consacré. Le juge ḥanbalite s’opposa à leur revendication et la combattit avec la plus grande fermeté… »
Il ajoute encore dans “al-Bidāya wa-l-Nihāya” (16/462), à propos des événements de l’année 767 H. : « Le lundi vingt-quatrième de Rabīʿ al-Awwal, on tint à Dār al-Saʿāda une grande assemblée pour examiner l’accusation portée contre le juge suprême Tāj al-Dīn, le shāfiʿite, fils du juge suprême as-Subkī. Je fis partie de ceux qu’on appela à s’y rendre, et j’y assistai avec d’autres. »