En conséquence, il lui conféra un vêtement d’honneur, puis il retourna à sa fonction. Cette même année, il prit possession des villes d’Alep et de Hama, et captura leur souverain Sonj, fils de Taj al-Moulouk, lequel se racheta pour cinquante mille dinars.
Le lundi, au dernier jour de Rabi‘ al-Ākhir, le calife remit un vêtement d’honneur au «Nâqib al-nuqabâ’» (chef des chefs) pour le chargeer du vizirat en toute indépendance. On ne connaît personne d’autre, parmi les Abbassides, qui ait directement exercé cette fonction.
Puis, au cours du mois de Ramadan de la même année, Dubays arriva à al-Hilla à la tête d’une armée et s’en empara. Il y pénétra avec trois cents cavaliers, se mit à rassembler des fonds et préleva les récoltes des villages jusqu’à accumuler près de cinq cent mille dinars. Il enrôla environ dix mille combattants, et la situation devint alors fort critique par sa faute. Il envoya un message au calife dans l’espoir de se faire pardonner, mais celui-ci refusa son offre, même lorsque Dubays lui proposa de considérables sommes d’argent. Le calife écrivit alors au sultan, qui dépêcha une armée, mais cette dernière fut mise en déroute par Dubays, lequel gagna ensuite le désert — que Dieu ne lui accorde jamais sa réunion! Il attaqua Bassora, s’emparant des biens du sultan et du calife, puis se replia à nouveau dans le désert et l’on ne reçut plus de nouvelles de lui.
La même année, le maître de Damas fit exécuter six mille membres de la secte bātinite et suspendit la tête de leur chef à la porte de la citadelle, soulageant ainsi, par la grâce de Dieu, les habitants du Shām de leurs exactions.
Cette année-là également, les Francs mirent le siège devant Damas. Les habitants les affrontèrent courageusement. Ceux-ci envoyèrent ‘Abd al-Wahhāb, le prédicateur, accompagné d’un groupe de marchands, jusqu’à Bagdad pour implorer l’aide du calife. Ils allèrent jusqu’à menacer de briser le minbar de la grande mosquée jusqu’à ce que le calife leur promit d’écrire au sultan afin qu’il dépêche une forte armée à leur secours — en soutien aux gens du Shām — et l’affaire se calma. Or, l’armée ne leur fut finalement pas envoyée, jusqu’à ce que Dieu leur vînt en aide Lui-même. Les musulmans mirent alors les Francs en déroute, leur infligeant la perte de dix mille hommes, dont seuls quarante échappèrent. Louange et grâce à Dieu pour ce bienfait.
Au cours de la même année, Bohemond le Franc, seigneur d’Antioche, fut tué.
Cette année-là encore, le climat de discorde lié à la révolte de Dubays — que Dieu le défigure! — perturba l’accomplissement du pèlerinage, au point que, par manque de solution, l’un des mamelouks de Yaranqash al-Zakawī, nommé Bughājiq, conduisit le groupe des pèlerins.