Lorsque cet événement se produisit, le calife partit avec son armée, et on amena des bateaux [dans lesquels l’armée monta] (1). Bagdad fut alors plongée dans une telle clameur qu’on eût dit que la terre s’était ébranlée. Le commun du peuple se joignit à l’armée du calife et mit en déroute l’armée du sultan. Ils tuèrent un grand nombre d’émirs, en capturèrent d’autres, pillèrent la demeure du sultan, celle de son vizir et celle de son médecin, Abou al-Barakât, et s’emparèrent des dépôts qui s’y trouvaient. Il s’ensuivit (2) un tumulte (3) d’une grande ampleur, au point qu’ils (4) mirent également à sac le couvent des soufis au ribat de Bihrūz (5).
Ainsi survinrent de longs événements et de graves épreuves, durant lesquelles le commun du peuple s’en prit au sultan et l’accusa en disant : « Ô bâtinī, tu laisses le combat contre les Francs et les Romains, et tu combats le calife !» Par la suite, le calife se rendit dans sa demeure le septième jour de Muḥarram. Quand survint (6) le jour de ‘Achourâ’, la situation s’apaisa, et le sultan demanda au calife une trêve et la paix. Le calife s’adoucit et la population se réjouit de ce rapprochement. Alors, le calife lui envoya (7) le naqîb an-nuqabâ’ (chef des notables), le qâḍî al-quḍât (juge suprême), le shaykh ash-shuyûkh (doyen des maîtres spirituels), ainsi qu’une trentaine de témoins. Le sultan les retint auprès de lui six (8) jours, ce qui contraria grandement la population, laquelle redoutait une nouvelle émeute (9) plus grave que la précédente.
C’est alors que Yarnaqish az-Zakawî, le shihna (chef de la police) de Bagdad, incita le sultan à attaquer les habitants de la ville pour s’emparer de leurs biens, mais le sultan refusa. Il autorisa ensuite ce groupe à entrer (10) près de lui, au moment du maghrib, et le qâḍî (11) y dirigea la prière. Ils lurent devant le sultan la lettre du calife, et celui-ci se dressa pour répondre favorablement à tout ce que le calife avait proposé. La paix fut conclue et les serments furent échangés. L’armée du sultan entra [dans Bagdad] (12), exténuée par le manque de nourriture dans son camp. Ses membres déclarèrent : « Sans cette paix (13), nous serions tous morts de faim (14). » Le sultan fit alors preuve de grande clémence envers le commun du peuple, louange à Dieu.
[Le calife ordonna de restituer ce qui avait été pris dans les demeures des soldats, stipulant que quiconque en dissimulerait une partie pourrait être mis à mort] (15).