Il demeura ferme dans sa résolution et se dirigea vers Bagdad pour y entrer cette même année. Le calife lui écrivit afin de le dissuader d’y venir, en raison de la rareté des vivres, mais il n’accepta pas cet avertissement et poursuivit sa route. Lorsque son arrivée fut imminente, le calife sortit de son palais et se prépara à gagner la rive occidentale, ce qui lui fut pénible, ainsi qu’au peuple.
Vint alors la fête de l’Aïd al-Adhâ. Le calife prononça lui-même une khotba (sermon) d’une éloquence exceptionnelle, puis les prédicateurs des mosquées entonnèrent le takbîr derrière lui, et ce jour fut mémorable. Ibn al-Jawzî l’a rapportée en détail dans son ouvrage « al-Muntaẓam ». Il la tenait de témoins qui y assistèrent auprès du calife, en compagnie du juge suprême Abû al-Qâsim al-Zaynabî et d’un groupe d’hommes dignes de foi.
Quand le calife voulut descendre de la chaire, Abû al-Muzaffar Muhammad ibn Ahmad ibn ‘Abd al-‘Azîz al-Hâshimî s’avança et lui récita (sur le mètre at-tawîl) :
« Que la paix de Dieu soit sur toi, ô meilleur de ceux qui montèrent
sur une chaire entourée des étendards de la victoire.
Le plus vertueux de ceux qui guident les fidèles et les rassemblent
par la noblesse de sa conduite, à qui incombait le pouvoir.
Une prédication de ta part a orné notre écoute,
et un sermon décisif, devant lequel la pierre elle-même s’adoucit.
Tu y as insufflé tant de révérence dans tous les cœurs
qu’en a tremblé l’Égypte sous la crainte de ses admonitions.
Sa parole s’élève au-dessus de tout discours,
et son excellence est trop vaste pour qu’on en circonscrive les limites.
Tu as, par elle, élevé le rang des chaires à une telle hauteur
que les plus brillantes étoiles ne sauraient l’atteindre.
Et par elle, tu as fait croître la gloire ancestrale d’‘Adnân,
et c’est désormais grâce à toi qu’elle s’enorgueillit parmi les nations. »