On rapporte qu’il faisait preuve de tolérance [en religion] (1). Il avait une poésie de grande qualité et puissante, dont le juge Ibn Khallikân a cité un bon extrait. Il mourut (2) alors qu’il avait dépassé quatre-vingts ans.
[Et parmi ceux qui décédèrent cette année-là parmi les notables, il y eut] Abou l-Qâsim Châhinchâh al-Afḍal, fils de l’émir des armées Badr al-Jamâlî (3)(4), qui administrait l’État fatimide en Égypte. [À son père] (5) est attribuée la fondation de « Qaysariyya de l’émir des armées », que le commun peuple nomme (6) « Marjûsh » (7). Son père construisit la mosquée située dans la citadelle d’Alexandrie, au marché des épiciers (Sûq al-ʿAttârîn), ainsi que le sanctuaire de la Tête à ʿAsqalân. Il fut également le représentant (nâʾib) d’al-Mustanṣir à Ṣûr — certains disent à ʿAkkâ —, puis il fut rappelé par ce dernier en plein hiver : il prit la mer jusqu’en Égypte, où il fut nommé gouverneur, et remit de l’ordre après une période de troubles. Il mourut en l’an quatre cent quatre-vingt-huit. Son fils, al-Afḍal, lui succéda dans le vizirat et fut, comme son père, plein de bravoure et de fermeté.
Lorsqu’al-Mustanṣir mourut, il établit al-Mustaʿlî et les affaires continuèrent sous son autorité. On le décrit comme équitable, ayant une bonne conduite et un bon fond ; Dieu est plus savant. Un assassin le frappa alors qu’il était à cheval et le tua pendant le mois de Ramaḍân de cette même année, à l’âge de cinquante-sept ans. Son autorité, héritée de son père, avait duré (8) vingt-huit ans. Sa demeure était celle de la Wakâla, aujourd’hui au Caire ; on y trouva (9) des richesses considérables (10), dépassant de très loin tout calcul (11) ou dénombrement, faites de quantités incommensurables d’or, d’argent, de chevaux de valeur, de bétail, de terres et de joyaux précieux. Tout cela revint alors au calife fatimide [à ses entrepôts et trésors] (12). Le calife le remplaça par Abou ʿAbd Allâh al-Baṭâʾiḥî, qu’il surnomma al-Maʾmûn.