Ensuite, il livra plusieurs batailles (1) contre les armées d’Ibn Tashfîn (2), maître de Marrakech, au point d’en tuer, certains jours, près de soixante-dix mille hommes, et ce, sur le conseil d’Abou ‘Abd Allâh al-Wansharîshî (3).
On rapporte qu’il aurait affirmé qu’un ange était descendu vers lui pour lui enseigner le Coran et le « Muwatta’ », et que des anges en témoignaient, dans un puits qu’il avait nommé. Lorsque, plus tard, il passa devant ce puits, il y avait posté des hommes ; devant la foule qui écoutait, il les interrogea sur cet événement, et ils confirmèrent son récit. Il ordonna alors de combler (4) le puits au-dessus d’eux, si bien qu’ils périrent tous (5). C’est pourquoi on dit : « Quiconque vient en aide à un injuste en subira la domination (6). »
Puis Ibn Tûmart, qui s’était proclamé Mahdî, équipa une armée conduite par Abou ‘Abd Allâh al-Wansharîshî et ‘Abd al-Mu’min afin d’assiéger Marrakech. Les habitants de la ville sortirent à leur rencontre, et un grand combat (7) s’ensuivit, au cours duquel Abou ‘Abd Allâh al-Wansharîshî, l’homme qui prétendait recevoir la parole des anges, fut tué. Lorsqu’on cherchait son corps parmi les morts sans le trouver, certains dirent : « Les anges l’ont emporté. » En réalité, ‘Abd al-Mu’min l’avait enterré alors que la bataille faisait rage. Un grand nombre (8) de partisans du Mahdî périrent également.
Au moment où il avait envoyé cette armée, Ibn Tûmart était déjà gravement malade. Lorsque la nouvelle lui parvint, sa maladie s’aggrava, et la mort d’Abou ‘Abd Allâh al-Wansharîshî l’affligea profondément. Il confia alors les affaires, après lui, à ‘Abd al-Mu’min [b. ‘Alî] (9) et lui décerna le titre d’Émir des Croyants. Ce dernier était un jeune homme valeureux, avisé et plein de bon sens.
[Enfin, Ibn Tûmart mourut, âgé de cinquante et un ans, et son règne (10) dura dix ans (11).]