Il revêtit la tenue professorale (1) à la Nizâmiyya, et il manifesta un vif désaccord à ce sujet, tout comme envers d’autres. Puis il se rendit en pèlerinage et revint (2) dans sa patrie, où il ordonnait le bien et interdisait le mal. Il faisait réciter le Coran aux gens et les occupait par l’étude du droit musulman (fiqh), si bien que sa renommée se répandit parmi la population.
Il rencontra alors Yahyâ ibn Tamîm ibn Al-Mu‘izz ibn (3) Bâdis, souverain des terres d’Ifriqiya. Celui-ci l’honora et l’exalta, et lui demanda de prier en sa faveur. Ainsi, sa notoriété s’accrut aussi grâce à cela et son prestige gagna en ampleur. Il ne possédait alors qu’une gourde (pour l’eau) et un bâton, et n’habitait que dans les mosquées.
Il se mit ensuite (5) à voyager de ville en ville, jusqu’à ce qu’il arrivât à Marrakech, accompagné de son élève ‘Abd al-Mu’min ibn ‘Alî, dont il avait déjà pressenti l’intelligence et la force de caractère (6). Il constata (7) à Marrakech des transgressions bien supérieures à celles qu’il avait observées ailleurs. Parmi ces pratiques, les hommes se voilaient le visage tandis que les femmes avançaient le visage découvert. Il s’employa donc à dénoncer ces usages.
Un jour, il croisa (8) la sœur de l’Émir des musulmans ‘Alî ibn Yûsuf [ibn Tâshfîn] (9), roi de Marrakech et de ses environs, qui passait avec d’autres femmes (10), toutes à cheval, le visage découvert comme elle. Lui et ses compagnons commencèrent alors à protester (11) contre elles, allant jusqu’à frapper le visage des montures, si bien que la sœur du roi tomba de son animal. Le roi le fit convoquer et fit également venir les jurisconsultes. Ibn Tûmart l’emporta sur eux par l’argumentation et se mit à exhorter le roi dans ce qui le concernait personnellement, à tel point que celui-ci se mit à pleurer. Malgré tout, le roi Ibn Tâshfîn (12) l’exila de son pays, ce qui poussa Ibn Tûmart à le blâmer publiquement et à appeler les gens à lui faire la guerre. Beaucoup le suivirent dans cette démarche.
Alors Ibn Tâshfîn (13) envoya contre lui une grande armée, que Ibn Tûmart défit. Sa réputation grandit et son influence s’éleva ; sa puissance se renforça (14). Il se déclara Mahdî et appela son armée « l’armée des Muwahhidûn » (Almohades). Il rédigea un livre sur l’unicité divine (tawhîd) ainsi qu’un exposé doctrinal appelé « Al-Murshida ».