Puis vint l’an cinq cent treize. Cette année-là, de violents conflits éclatèrent entre le sultan Mahmûd ibn Muhammad ibn Malikshâh et son oncle, le sultan Sanjar ibn Malikshâh. La victoire revint à Sanjar, et l’on prononça la khutba (1) en son nom à Bagdad le seizième jour de Jumâdâ al-Ûlâ de cette même année. Le nom du sultan Mahmûd fut alors écarté de la prière publique. Par la suite, la paix fut conclue entre les deux hommes, et le sultan Sanjar décréta que, dans toutes ses provinces, on mentionnerait en second lieu son neveu Mahmûd (2).
Cette année-là, les Francs se dirigèrent vers la ville d’Alep, s’en emparèrent de force et la dominèrent, tuant un grand nombre de ses habitants (3). Alors Ilghâzî ibn Ortoq, le seigneur de Mardin, marcha contre eux avec une puissante armée (4). Il les repoussa de la ville, les poursuivit jusqu’à une montagne où ils s’étaient retranchés et leur infligea là-bas une lourde défaite – louange et gratitude à Dieu. Ils ne s’en sortirent qu’en petit nombre. Il captura plus de soixante-dix (5) de leurs chefs et tua, parmi les ennemis abattus, un certain Sarjâl, seigneur d’Antioche, dont la tête fut exhibée (6), – qu’il soit maudit. À cette occasion, un poète composa des vers en excellente exagération :
« Dis ce que tu veux ; tes propos sont recevables,
Et c’est à toi que l’on se fie après le Créateur.
Le Coran s’est réjoui lorsque tu l’as soutenu ;
Et l’Évangile a pleuré la perte de ses hommes. » (7)
Au cours de cette même année, l’émir Minkubars, le shihna (8) de Bagdad, fut mis à mort. C’était un tyran injuste, dont la conduite était détestable. Le roi Mahmûd ibn Muhammad ibn Malikshâh le fit exécuter de sang-froid pour plusieurs raisons (9), dont le fait qu’il avait épousé l’une des concubines de son père avant même l’expiration de sa propre période de viduité. Et c’est ainsi que tout se déroula.