En cette même année, Luʾluʾ, l’eunuque qui s’était emparé du royaume d’Alep après la mort de son maître Ridwān ibn Tutush, fut tué par un groupe de Turcs. Il était sorti d’Alep en direction de Jaʿbar. En chemin, un groupe de ses mamelouks et d’autres s’écrièrent : « Un lapin ! Un lapin ! », puis ils l’atteignirent de leurs flèches (feignant de chasser un lapin) et le tuèrent.
En cette même année également, le sultan Ghiyāth al-Dīn Muḥammad ibn Malikshāh ibn Alp Arslān ibn Dāwūd ibn Mīkāʾīl ibn Saljūq, roi des territoires d’Irak, du Khorasan et de maints autres vastes pays et larges contrées, rendit l’âme. Il était l’un des meilleurs souverains, le plus vertueux d’entre eux, juste, clément, d’un caractère doux et d’une fréquentation louable – qu’Allāh lui fasse miséricorde.
À l’approche de sa mort, il convoqua son fils Maḥmūd, le serra contre lui et tous deux pleurèrent. Puis il lui ordonna de s’asseoir sur le trône du royaume, alors qu’il n’avait que quatorze ans. Le jeune prince prit place, ceint de la couronne et des bracelets, et régna. Lorsque son père décéda, il distribua les richesses du trésor aux armées, s’élevant à onze millions de dinars. Le pouvoir se fixa alors entre ses mains, et la khuṭba fut prononcée en son nom à Bagdad et dans d’autres contrées. Son père, le sultan Muḥammad, avait trente-neuf ans, quatre mois et quelques jours ; on avait déjà prononcé la khuṭba pour lui à Bagdad à plusieurs reprises, puis son frère Barkyārūq le disputa avant que le règne ne se stabilise finalement sous son autorité, jusqu’à cette année – qu’Allāh lui fasse miséricorde et lui accorde un séjour noble.
Au cours de cette année naquit également le roi juste, Nūr al-Dīn Maḥmūd ibn Zankī ibn Āq-Sunqur, seigneur d’Alep et de Damas.
Parmi les notables décédés cette année figure le qāḍī al-Murtaḍā (Abū Muḥammad ʿAbd Allāh ibn al-Qāsim ibn al-Muẓaffar ibn ʿAlī ibn al-Qāsim al-Shahrazūrī), père de qāḍī Jamāl al-Dīn Muḥammad ibn ʿAbd Allāh al-Shahrazūrī, magistrat de Damas et imām de Nūr al-Dīn. Il étudia à Bagdad et y reçut sa formation en jurisprudence. Il appartenait à l’école shāfiʿite, se distinguait par sa grande piété, sa maîtrise littéraire et la qualité de ses poèmes. Puis il retourna dans sa ville natale.