Ibn ‘Aqîl (1) et Abû al-Khattâb (2), qui comptaient parmi les figures de proue des hanbalites, furent étonnés de son éloquence et de l’étendue de sa connaissance (3). Ibn al-Jawzî rapporte qu’ils consignèrent ses propos dans leurs œuvres. Puis il se détourna totalement des affaires de ce monde pour se consacrer exclusivement à l’adoration (4) et aux œuvres de l’au-delà; il gagnait sa subsistance en recopiant des manuscrits. Il se rendit au Shâm et résida (5) un temps à Damas et à Bayt al-Maqdis. C’est durant cette période qu’il composa son ouvrage «Ihyâ’ ‘ulûm al-dîn» (La Revivification des sciences de la religion), un livre étonnant contenant de nombreuses sciences [concernant les enseignements religieux, mêlées d’éléments subtils de mystique (tasawwuf) et de travaux du cœur]. Toutefois, il y figure (6) de nombreux hadiths rares ou réprouvés, et certains sont apocryphes, comme on en trouve aussi dans d’autres ouvrages de jurisprudence utilisés pour statuer sur le licite et l’illicite; car un livre dédié à l’exhortation et à l’édification spirituelle se montre sur ce point plus indulgent qu’un autre.
Abû al-Faraj Ibn al-Jawzî, puis Ibn al-Salâh, l’ont critiqué sévèrement à ce sujet. Al-Mâzarî (7) voulut même brûler le livre «Ihyâ’ ‘ulûm al-dîn», tout comme certains autres savants du Maghreb. Ils disaient : «C’est le livre où il ravive les sciences de sa religion, mais pour ce qui est de notre religion, la revivification de ses sciences se trouve dans le Livre de Dieu et la Sunna de Son Messager.» J’ai déjà rapporté leurs propos dans sa biographie dans «Tabaqât al-shâfi‘iyya».
Ibn Shukr contesta plusieurs passages (8) de l’«Ihyâ’ ‘ulûm al-dîn» et démontra leur infondé dans un ouvrage précieux (9). Al-Ghazâlî lui-même reconnaissait : «Je suis peu expérimenté en matière de hadith.» On raconte qu’à la fin de sa vie, il s’orienta davantage vers l’étude et la mémorisation des deux Sahîh. Par ailleurs, Ibn al-Jawzî composa un livre consacré à l’analyse de l’«Ihyâ’» qu’il intitula «I‘lâm (10) al-ahyâ’ bi-aghâlît al-ihyâ’» (Information des vivants sur les méprises de l’“Ihyâ’”).