On consulta quelqu’un au sujet de Yazīd ibn Muʿāwiyya, et l’on rapporta à son propos des propos dénigrants (1) et des actes de dépravation, tout en considérant qu’il était permis (2) de le maudire. Quant à al-Ghazâlî (3), il s’opposa à cette position et interdit de l’insulter ou de le maudire, parce qu’il est musulman et qu’il n’est pas avéré qu’il ait agréé le meurtre d’al-Husayn. Et même si cela avait été établi, cela ne justifierait pas de le maudire, car le meurtrier n’est pas maudit, d’autant que la porte du repentir est ouverte : « Et c’est Lui qui agrée le repentir de Ses serviteurs » (Coran 42 : 25).
Il ajouta : « Quant à prier pour que Dieu lui fasse miséricorde, c’est licite, voire recommandé. Nous-mêmes, nous l’évoquons dans la miséricorde divine au sein de l’ensemble des croyants et des musulmans de manière générale, dans les prières (4). » C’est ce qu’Ibn Khallikân rapporte avec plus de détails, en toutes lettres, dans la biographie d’al-Kiyâ al-Harrâsî. Il explique également : « Le terme “al-Kiyâ” signifie “grand personnage, éminent et vénéré”. Que Dieu lui fasse miséricorde. »
[Puis nous arrivons à l’année 505]
Cette année-là, le sultan Ghiyâth ad-Dîn Muḥammad dépêcha une importante armée, accompagnée de l’émir Mûdûd ibn Zankî, seigneur de Mossoul, aux côtés de plusieurs émirs et délégués, parmi lesquels figuraient Sakmân (7) al-Qutbî, seigneur de Tabriz, Aḥmadîl (8), seigneur de Marâgha, et l’émir Îlghâzî, seigneur de Mardin. C’est l’émir Mûdûd, seigneur de Mossoul, qui les commandait tous, pour combattre les Francs au Levant. Ils leur arrachèrent de nombreuses forteresses et tuèrent un grand nombre d’entre eux. Louange à Dieu.
À leur arrivée à Damas, l’émir Mûdûd entra dans la mosquée des Banû Umayya pour y prier. Un Bâṭinî, sous l’apparence d’un mendiant, s’approcha de lui en quête d’une aumône. Lorsque Mûdûd lui donna quelque chose et que l’homme se fut approché, celui-ci le frappa en plein cœur et il mourut sur-le-champ. Que la malédiction de Dieu soit sur ce Bâṭinî.
On découvrit ensuite un homme aveugle sur le toit de la grande mosquée de Bagdad, muni d’un poignard empoisonné. On dit qu’il projetait d’assassiner le calife.
• La même année, la fille du sultan donna au calife un fils. Des roulements de tambours et des sonneries de trompettes retentirent, et le vizir siégea à la porte d’al-Firdaws pour recevoir les félicitations (10).